Visite d’Emmanuel Macron en Corse : le coup de gueule des expatriés

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Le restaurant corse A Casetta se trouve au 11 rue François Guisol, Nice. Crédits : NB

Avec le déplacement du Président prévu demain, l’autonomie de l’Île de Beauté est remise en question. Le débat s’annonce tendu entre le chef de l’Etat et les présidents de l’exécutif et de l’Assemblée de Corse – Gilles Simeoni et Jean-Guy Talamoni- . Réforme de la Constitution, libération des prisonniers politiques… les expatriés connaissent leurs priorités.

« De toute façon la discussion ne mènera à rien. Ça fait un siècle qu’on demande plus d’autonomie -voire d’indépendance- en Corse et on a jamais rien en retour », dénonce Matieu, gérant du restaurant corse A Casetta. Le clapotement des gouttes de pluie résonne sous la pergola. Ce quinquagénaire, cigarette en main, exprime son pessimisme : « Les Corses sont boycottés par la juridiction française. Même si Macron va peut-être lâcher un peu de leste, dans tous les cas, ça ne fera pas avancer le schmilblick ! On l’aura jamais cette indépendance.. »

Le ras-le-bol de cet ancien militant indépendantiste intervient à la veille de la visite d’Emmanuel Macron à Ajaccio. Le Président français doit discuter avec les vainqueurs nationalistes des élections territoriales de décembre dernier. Un déplacement bien placé sur l’agenda présidentiel : mardi 6 février sera le 20e anniversaire de l’assassinat du Préfet Claude Erignac.

En exposant sur une table le drapeau à la tête de Maure, fière, il ajoute en rigolant : « On va faire comme le FLNC : exposer nos revendications ». De son accent très prononcé, ce restaurateur aimerait faire passer un message à Emmanuel Macron : « Il faut une co-officialité de la langue, une corsification des emplois, mettre fin à la spéculation immobilière étrangère, et surtout, libérer nos prisonniers politiques. » Qui sait, peut-être qu’il sera entendu. Peut-être pas. En attendant, l’idée que le groupe terroriste FLNC reprenne les armes – « pour défendre et protéger les Corses »- ne lui déplaît pas.

Une visite au goût amer

Plus loin, dans le Vieux Nice, le discours autonomiste -voire indépendantiste?- se fait toujours entendre. Au Maquis, petit restaurant traditionnel, Anthony Filippi partage presque les mêmes idées. Près du feu de cheminée, chants polyphoniques en fond sonore, il explique que « la priorité c’est de réviser la constitution. Mais attention ! Il ne faut pas faire rentrer la Corse dans le droit commun. Il faut lui accorder une législation spécifique. »

Même si son avis est bien prononcé, selon lui, la visite du chef de l’Etat reste inutile : « Macron ne veut parler de rien. Il reste campé sur ses positions. C’est frustrant et incompréhensible. » Pour ce jeune restaurateur, la trentaine passée et barbe bien rasée, la condition imposée par le Président de la République pour venir en Corse est inacceptable. « Il veut à tout prix imposer la présence du drapeau Français. Ça ressemble davantage à une visite colonialiste qu’un réel dialogue politique. »

Mais que demande le peuple ?

« La question de l’autonomie ne peut se régler qu’avec une révision de la Constitution », estime Gael Nofri, élu Divers Droite. Selon ce politique niçois – « mais corse d’origine ! » – pour qu’il y ait du changement, il faut avant tout modifier la législation française. L’idée d’un transfert législatif encadré par l’article 74 de la Constitution – proposée par Gilles Simeoni- lui semble insuffisante. « Il faut avant toute chose changer le rapport entre les Régions et l’Etat, et pas seulement se préoccuper de la Corse », explique ce bonapartiste d’un ton implacable. Pour cet élu issu de la majorité de Christian Estrosi, régler ce problème d’envergure nationale doit être la priorité de l’Elysée.

Mais avant toute chose, focus sur les maux corses. Les négociations pourront avancer à condition que le chef de l’Etat fasse le déplacement. Moins de 24h avant la rencontre avec les nationalistes, Emmanuel Macron n’a toujours pas confirmé sa venue.

@Baggioni_Nicolas