Une France de loosers

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Impossible n’est pas Français. Parait-il. Les sportifs français sont souvent là où personne ne les attend. Mais rarement là où ils sont attendus. Une tare devenue coutumière. Un problème de mental ? Pas seulement.Habitués aux coups d’éclats, les sportifs français peinent à confirmer leurs exploits. Dernier exemple en date : la finale de la Coupe Davis en Serbie. A 2-1 après le troisième match, il suffit d’une victoire au clan tricolore pour ramener le Saladier d’argent dans l’Hexagone. Et que dire des deux rencontres restantes ? Jeu blanc ? Non. Chou blanc ! Rien à se mettre sous la dent. Pas même une bribe d’espoir. Encore moins une esquisse de révolte.

Et pourtant, sur les deux derniers simples, la paire française n’avait pas à rougir. Inutile de rappeler quels tamis ont été accrochés au tableau de chasse des Tricolores ce mois-ci. Et dans cette veine, les exemples foisonnent (cf. encadré).

Les représentants français ne parviennent que très rarement à maintenir leur niveau de performance. D’où cette étiquette de « magnifiques perdants ». Un oxymore typiquement hexagonal. Dans d’autres pays, le son de cloche est tout autre : seule la victoire est belle.

Sublime défaite

D’ailleurs tous nos voisins jouissent d’une réputation plus séduisante : les Allemands « gagnent toujours à la fin », les Anglais disposent du fighting spirit tandis que les Italiens développent une culture de la victoire parfois excessive. Aux Etats-Unis, les compétitions universitaires remplissent des stades entiers. Une autre culture. Les étiquettes sont là. Elles sont révélatrices.

Alors comment expliquer ces défaillances par myriades ? Un problème de niveau ? Pas forcément. L’aspect mental semble indéniable. Car les Bleus n’échouent jamais aussi bien que lorsqu’ils sont favoris. Quand ils semblent dominer leur discipline. Mais surtout, le problème réside dans la capacité des athlètes français à enchainer les victoires. Un constat général sur l’ensemble du panel sportif français. L’explication n’est pas imputable à un sport en particulier. Il faut chercher ailleurs.

La France n’est pas un pays de sport. Envisagé de façon ludique, il est vu comme un jeu. La société française garde dans son inconscient le stéréotype du « sportif balourd ». La France est un pays d’intellectuels. Le pays des droits de l’Homme. Le pays de la culture.

Une culture de la loose

A l’opposé de l’intellect, de la réflexion, de la pensée se trouve le sport. Ou plutôt la compétition. Un antagonisme présent de tout temps. Pour preuve : le patrimoine cinématographique français. Les films populaires des années 1960, 1970 ou 1980 présentent la plupart du temps une vision très limitée du sportif : un pataud en survêtement qui ne voit guère plus loin que le bout de sa paire de baskets.

Comment former des champions dans cette ambiance délétère ? Car les mentalités n’ont que très peu évolué. Les Etats-Unis, l’Allemagne, l’Espagne, la Suisse, la Suède ou la Chine acclament leurs grands sportifs. L’Hexagone préfère d’abord les voir perdre. Le public tricolore aime les perdants qui gagnent de temps en temps. Il a acclamé Poulidor. Il a détesté le Federer de la grande époque. Il abhorre encore Nadal.

Un problème de mentalité

Car l’exemple vient toujours du haut. En l’occurrence, du haut des tribunes. Les Français aiment les parcours sinueux, les performances en dents de scie. Les spectateurs n’apprécient pas le sport en tant que tel. Entre chauvinisme nauséabond et mauvaise foi typique, on s’éloigne de l’idéal de respect inhérent au sport.

« Le véritable talent, c’est de réagir de la même façon devant la victoire et la défaite ». Chris Evert s’adressait à la caste sportive. Les valeurs de base du sport ne sont pas respectées. Ni par le public, ni par les soi-disant spécialistes du genre.

Une mentalité abyssale qui s’exporte au-delà des terrains, rings, courts, pistes et autres tatamis. Car nos dirigeants ne sont pas exempts de tous reproches. Le sport ne peut pas se développer tout seul. Le désengagement de l’Etat est symptomatique de ce manque d’intérêt généralisé. Où sont passés les 3% du budget de l’Etat affectés aux sports promis par Nicolas Sarkozy ? En 2011, ils frôleront difficilement les 0.2% après une baisse de 14,4% par rapport à 2010. Une bouchée de pain allouée à un mendiant en survêtement. Politiques et sportifs appliquent à la lettre l’adage devenu précepte en France : l’important, c’est de participer. Merci Pierre de Coubertin.

Alexandre Ferret