Un petit pas pour les homosexuels, un grand pas pour le don du sang

0
172

La ministre de la santé, Marisol Touraine, l’a fièrement annoncé hier : d’ici le printemps 2016, les personnes homosexuelles pourront donner leur sang. Entre joie et frustration, l’annonce divise les associations et les personnes concernées à Nice.

« C’est ridicule ! », s’exaspère Teddy, homosexuel, lorsqu’il apprend la nouvelle. Les gays pourront certes donner leur sang, mais sous la condition de ne pas avoir eu de relations sexuelles durant 12 mois. « Je ne comprends pas que sous prétexte que tu sois lesbien tu doives attendre 1 an pour faire un acte citoyen. En fait c’est soit tu n’as pas de vie privée, soit tu offres ton sang à ceux qui en ont besoin », explique le jeune homme de 20 ans, avant de renchérir : « Ce n’est pas parce que tu es homo que tu as plus de maladie ou que tu es sale, surtout si tu es en couple et que ta situation amoureuse est basée sur la confiance ».

Selon Stéphane Montigny, président de l’association AIDES Paca qui lutte contre le VIH, Teddy soulève un problème de taille : celui de la confiance. Pour lui, la levée d’interdiction du don du sang par les gays est une avancée pour l’égalité des citoyens. Mais les chiffres sont là : au 31 décembre 2013, 2955 personnes étaient reconnues comme séropositives en région PACA. Et si le nombre ne fait qu’augmenter, c’est parce qu’il y a un dysfonctionnement lors des entretiens et questions d’accueil : « Pour moi le problème vient des relations à risque. Et des relations sexuelles avec des partenaires non habituels, des hétéros comme des homos peuvent en avoir. Ce qu’il faut c’est une meilleure gestion des entretiens et surtout chercher à obtenir des réponses plus sincères des donneurs », admet-il.

5 à 10%, c’est le pourcentage que représente la population homosexuelle en France. Et pour l’Etablissement français du sang, chaque don est conséquent. La levée d’interdiction va permettre d’obtenir 21 000 donneurs potentiels supplémentaires, soit 37 000 poches de sang en plus par an. Elle autorise également les dons de plasma pour les homos en couple, ayant eu des relations sexuelles avec un seul partenaire durant quatre mois. « C’est une réelle évolution. Sur le pays, seulement 4 % de la population passe à l’acte, et en région PACA et Corse, le pourcentage est encore plus bas », s’enthousiasme Alexandre Talamoni, représentant régional de l’EFS. Pour l’organisme, les dons de personnes gays ne modifieront pas le travail d’analyse du sang : « Les procédures seront exactement les mêmes. Entretien médical, analyse du sang, échanges avec le donneur. Les personnes en laboratoires n’auront pas plus de boulot », déclare-t-il.

Il note tout de même qu’une plus grande vigilance doit être mise en place : « Sur chaque don, qu’importe l’orientation sexuelle, nous pratiquons des tests. Ils sont performants mais ont toutefois une limite : ils ne permettent pas de détecter une contamination au VIH, si elle s’est faite dans une période de 10 à 12 jours.  Les homosexuels ont 200 fois plus de probabilité de rencontrer le virus qu’un hétérosexuel. D’où l’intérêt de renforcer le système des entretiens ».

Un point de départ

Erwan Le hô, vice-président du centre LGBT (Lesbien-gay-bi-trans) ne peut s’empêcher de cacher sa joie. Permettre aux gays de donner leur sang comme tout le monde est déjà une belle avancée. « On revient de loin », lâche-il les yeux rieurs. En effet, cette exclusion des homosexuels avait été instituée en 1983 en raison des risques du sida. Erwan se rappelle : « J’avais vingt ans, je voulais donner mon sang et on m’avait jeté comme un malpropre. A l’établissement français du sang, on m’a expliqué que comme j’avais déjà eu une relation sexuelle avec un homme, je serai fiché à vie et que jamais je ne pourrai donner mon sang ». Aujourd’hui, il parle le cœur léger : « Je vois cette initiative comme une expérimentation. C’est vraiment dans un an qu’on saura si le sang reçu par les gays est d’aussi bonne qualité que celui des hétéros. ». Le vice-président émet tout de même une réticence : «  Je conteste forcément le fait qu’un an d’abstinence réduira le nombre de donneurs mais on va y aller étape par étape. On n’a pas eu le mariage pour tous en une semaine. Je sais qu’un jour on sera vu comme tous les autres aux yeux de la société ». Ce qui est sur, c’est qu’Erwan saisit les nouvelles portes qui s’ouvrent à lui. Il l’a promit : en 2016, il ira donner son plasma.

Vous pouvez donner votre sang à l’Etablissement français du sang à Nice, au 45 rue Auguste Gal.

Raynaud Marjorie