Tramway à Nice : toujours pas de lumière au bout du tunnel

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En janvier, la ligne 2 du tramway de Nice devrait fonctionner entre CADAM et Magnan. Après des mois de creusement sous la rue de Paris, les commerçants attendent que le tramway traverse leur quartier. Mais le démontage du tunnelier n’a pas encore débuté, la galère n’est pas terminée

« Je n’attends qu’une chose, c’est que le tramway passe enfin devant mon magasin. » Victor Piccolo est dépité. Comme tous les commerçants de la rue de France, à Nice, l’homme de 58 ans a vu la Une de Nice-Matin LE BOUT DU TUNNEL. Comme tous, il relativise, « le bout du tunnel, c’est dans plusieurs mois encore. » Catherine (le nom de baptême du tunnelier NDLR) a pourtant terminé son travail, mais elle ne sera pas sortie de terre avant le 4 novembre… « Et il faudra encore compter des mois de démontage, pièce par pièce », s’indigne Victor Piccolo. Ce Sicilien d’origine tient une boutique de vélos : « ça fait 13 ans que je suis installé, mais là, c’est un désastre. J’ai perdu 40% de mon chiffre d’affaires. On a bien eu une petite aide de la Ville, mais ça ne peut pas rattraper autant de pertes. »

Abasourdi devant ses feuilles de compte, le gérant accuse « le bruit », « le manque de place », « les livraisons impossibles », « les places de parking inexistantes » d’être à l’origine de son malheur. La situation est dramatique, « si ça prend encore du retard pour les trottoirs ou le démontage, je vais mettre la clé sous la porte, répète-t-il, fataliste. Si ça arrive, j’irai barrer mon visage en noir sur les jolies photos affichées dans toute la rue, et j’y écrirai : « mort à cause du tram ».  

Victor Piccolo ne serait pas le premier à rendre les armes. « Regardez toutes les boutiques déjà fermées dans la rue », s’exclame Magali Lievois dans son tabac-presse déserté. « Je ne peux pas me plaindre, nuance-t-elle, je savais en achetant mon fonds de commerce que les travaux du tram prendraient du temps et de la place… Mais je n’en peux plus de voir ce bleu chaque jour devant ma porte. »

Ce bleu, c’est celui des palissades érigées de part et d’autre du chantier du tramway…. De part et d’autre de la rue de France. « Nous aussi, on a notre rive gauche et notre rive droite ! » Si elle tente de rire de cette situation, Magali Lievois s’en amuse de moins en moins. « Certains clients habitent juste en face. Mais ils ont un long détour à faire pour venir, donc ils ne passent qu’en cas d’extrême nécessité. Et les palissades sont encore là pour un moment. »

En face, la proximité de la Promenade des Anglais semble en effet préserver un semblant de vie. Pourtant, les boutiques d’un coiffeur, d’un restaurateur et d’un comptable sont déjà à l’abandon… « Moi, j’ai de la chance, j’habite sur un coin de rue », explique Nicole Ciccoli. Grâce aux aides de la mairie, cette restauratrice a pu « aménager une petite terrasse sur la rue Paul Valéry », et conserver une certaine visibilité. Malgré tout, la patronne reste prudente : « le tunnelier est encore là pour quelque temps, les trottoirs ne sont pas encore refaits, et le tram ne passe pas encore. »

Olivier VALENTIN