Térésa Mafféis est LA Manifestante niçoise

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Le Manifestant est le personnage de l’année 2011, selon le Time. Nice n’a pas été épargnée par les mouvements sociaux. Les Tunisiens fuyant la répression après la révolution sont arrivés dans la capitale azuréenne, les Indignés ont contesté contre le G20. Au cœur de toutes ces causes, Térésa Mafféis milite depuis toujours. Elle est le symbole niçois de ce Manifestant.Vert sapin, vert pomme, vert canard. Du bout des ongles aux chaussettes. Si les regards se retournent sur Térésa Mafféis quand elle marche dans la rue, c’est d’abord pour cet improbable camaïeu de vert. Pourtant dès qu’elle commence à parler de ses actions militantes, son excentricité vestimentaire est oubliée. La manifestante, la vraie, celle que le Time honore est à Nice. Elle met sa vie aux services des causes qu’elle défend.

Soutenir les autres

Derrière cette petite femme de 62 ans aux cheveux rouges, ce sont la Liberté d’expression, le Refus des discriminations et la Solidarité qui se tiennent. Elle reçoit chez elle, dans son salon où les montagnes de Cds et de Dvds semblent tenir les murs.

Installée dans un fauteuil vert bouteille, elle se raconte. Ses mots s’enchaînent avec un débit de mitraillette. Tant de choses à dire et si peu de temps. Et là, le tourbillon commence. Son immigration d’Italie dans une ville du centre de la France alors qu’elle était enfant. Le rejet de la population. Ses études à Nanterre. Mai 68. Cette déléguée aux actions sociales d’une entreprise dans les Alpes-Maritimes étonne par sa force de conviction.

Aider les autres. Par tous les moyens. Les sans-papiers niçois qu’elle reloge, les cinémas indépendants qu’elle défend, les réfugiés tunisiens qu’elle soutient. Térésa attrape ses jambes serrées dans un pantalon vert fluo, les ramène contre elle. Elle lève les yeux et explique, pensive : « Je veux lutter contre les injustices. Qu’elles soient petites ou grandes. »

Des verts au goût amer

Et en 50 ans de militantisme, Térésa ne s’est-elle jamais tournée vers la politique ? Le sujet la touche. Elle se redresse. « Aux dernières régionales, les Verts m’ont proposé d’être quatrième sur la liste. Ça a mal tourné. » Son visage se durcit quand elle rappelle comment les écologistes se sont arrangés avec une candidate UMP en sa défaveur. Ce premier coup bas est suivi d’autres. « C’est un traumatisme. Le monde politique est très violent, il prend les gens pour les imbéciles. »

Malgré son engouement pour la cause écologiste et l’environnement, Térésa ne renouvellera pas l’expérience : « Ce n’était pas une bonne idée. De toute façon, j’aime trop ma liberté. »

Ses idées et les valeurs auxquelles elle croit, elle les défend dans son association : ADN. C’est en opposition au Front National qu’elle crée avec des amis l’Association pour la démocratie à Nice. « En 1991, Le Pen venait annoncer sa candidature ici. Nous avons rassemblé des militants et des artistes niçois pour s’opposer. » 20 ans plus tard, Térésa et un autre membre s’apprêtent à partir en Tunisie pour tourner un film sur les réfugiés de Lampédusa.

Des paroles et des actes

En une heure de temps, Térésa raconte plusieurs gardes à vue, son refus de serrer la main de Nicolas Sarkozy, ses trois procès. D’un coup, ses mots font vivre une manifestante frappée par la Polizia à Gènes, les Indignés chassés de la Défense à Paris, une jeune femme expulsée de son logement sur la Côte d’Azur. Entre les concerts solidaires qu’elle soutient, le colloque auquel elle a participé hier soir, Térésa s’enflamme contre toutes formes de misère. « Ma position de militante reconnue me permet de passer le message. » Cette reconnaissance du Time lui redonne de l’espoir : « Peut-être que ça mobilisera plus de monde aux prochaines manifestations. »

Pauline Amiel et Pierre Peyret