Tentative d’assassinat : « Abdelaziz Rebiai a été pris dans un engrenage infernal »

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Depuis mardi, Abdelaziz Rebiai comparait devant la cour d’assises des Alpes-Maritimes pour tentative d’assassinat sur Mohamed Sghir. La journée était consacrée à l’audition des témoins de l’affaire. 

Le drame remonte à trois ans. Le soir de 5 juin 2010, à l’angle de la rue Fenoglio-de-Briga, dans le quartier Bon-Voyage à Nice-Est, Mohamed Sghir est apostrophé dans la rue, se retourne et reçoit quatre balles de 9 mm, l’atteignant au thorax et lui frôlant le coeur. Il vient d’être pris pour cible à bout portant par un tireur qui s’enfuit à toute vitesse sur une moto. «J’ai entendu une première détonation et trois autres par la suite» raconte un témoin de la scène. Mohamed Sghir git par terre. C’est la panique dans le quartier. Le lendemain, le tireur est arrêté dans le Vieux-Nice. Il s’agit d’Abdelaziz Rebiai, 21 ans et 21 condamnations à son actif au moment des faits.

Mohamed Sghir dans la salle des pas-perdus de la cour d’assises des Alpes-Maritimes. Photo Nice-Matin / Frantz Bouton

Trois ans plus tard, Aziz Rebiai est dans le box des accusés. Il comparaît depuis mardi devant la cour d’assises des Alpes-Maritimes. Pourquoi un tel geste alors que les deux familles se connaissaient ? Abdelaziz se sentait-il menacé ? Et pourquoi s’en prendre à Mohamed Sghir alors que le tireur était en conflit avec son frère ? Car, au centre de cette affaire – aujourd’hui, Mohamed Sghir est paralysé sur une chaise roulante – une femme, Sabrina, ex-femme de Mourad Sghir, le frère de Mohamed. Un conflit qui perdure depuis quelques années sur fond de violences conjugales. Rebiai avait-il un contrat sur la tête ? C’est sur cette ligne de défense que Me Adrien Verrier, l’avocat de Rebiai, se base. «Mon client n’a pas supporté les violences faites à Sabrina confie l’avocat. Puis, il a été pris dans un engrenage infernal. À la fin, si ce n’était pas eux les victimes, c’était lui. Il a choisi…»

 Nabil : «Je ne pensais pas qu’il irait aussi loin». 

C’est avec un dispositif de sécurité renforcé que le troisième jour de procès débutait. Des policiers encagoulés du groupe d’intervention de la Police nationale (GIPN) à l’intérieur et l’extérieur de la salle surveillent en permanence le procès. Car Abdelaziz est considéré comme un «détenu particulièrement surveillé». À l’aise, il répond avec habilité à la juge, un brin moqueur. «L’arme? Je l’apprends maintenant qu’elle a été retrouvée. Je pensais qu’un ami l’avait jetée à la mer». Au tour des témoins. Saad Raani, un proche de M. Rebiai emprisonné à Luynes, n’accable pas le tireur : «Tout le monde est armé dans les quartiers Madame la juge». Rires assurés dans la salle. «Les familles Rebiai et Sghir sont les maitres dans le quartier, confesse Nabil, autre personnage à témoigner. Mais, je ne pensais pas qu’Abdelaziz irait aussi loin. Il a voulu le tuer, pas l’intimider». À la fin de la matinée, la présidente de la cour, Michèle Lys-Schaal, jette un froid. «Monsieur Rebiai, après avoir tiré, Mohamed Sghira a déclaré à des agents de la BAC : «Je vous ai dit qu’il fallait l’attraper avant qu’il me nique» ». M. Rebiai referme sa veste, passe sa main dans sa longue chevelure noire et ne répond plus. Il est jugé pour tentative d’assassinat, détention illicite d’armes et munitions de catégories 1 à 4 et soustraction d’un criminel à l’arrestation et aux recherches. Verdict vendredi. Il risque la réclusion criminelle à perpétuité.

Jean-Alexis Gallien-Lamarche