Tennis : Noah est-il légitime pour critiquer ?

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Après la défaite de l’équipe de France de tennis en finale de la Coupe Davis il y dix jours au stade Pierre-Mauroy de Lille, Yannick Noah s’est fendu d’attaques envers le comportement des joueurs et estimé que c’était perdu d’avance.

Pierre Albuixech, manager général du Nice LTC et directeur adjoint de l’Open Nice Côte d’Azur, est un ami de longue date du dernier vainqueur français à Roland-Garros.

Pierre Albuixech devant ses courts de terre battue au Lawn Tennis Club de Nice (06).

Arnaud Clément a répondu ce matin à Noah. Le capitaine se dit choqué par ses propos, les juge infondés et l’a pris comme une attaque contre son travail. Qu’en pensez-vous ?

Yannick n’a pas critiqué la préparation physique ou technique mais a expliqué que les Bleus n’étaient pas mentalement prêts pour aller au combat. C’est dur pour Clément car il n’a pas démérité. Ce n’est pas lui qui tient la raquette. Ils sont quand même allés en finale. Les déclarations de Yannick ont été un peu maladroites et j’espère que cela servira pour la suite.

Est-ce une forme d’opportunisme de sa part, après l’échec commercial de son dernier album ?

Je ne pense pas qu’il ait voulu faire quelconque buzz. On a passé la journée ensemble samedi : golf à Biot puis rugby à l’Allianz Riviera avant son concert au Nikaia. La salle n’était certes pas pleine mais cela est dû à un problème de conjoncture. Il n’a pas voulu faire parler de lui, il n’est pas comme ça. Il met le feu sur scène, les gens aiment danser et faire la fête sur ses chansons, on ne peut pas lui enlever ça.

Lui conseilleriez-vous de récupérer le capitanat ?

Yannick est un homme de coup. Il a les capacités pour les aider psychologiquement comme il a pu le faire par le passé pour les filles de Fed Cup ou au foot avec le Paris-Saint-Germain et le Cameroun. Il est un véritable boost mais il n’aurait pas le temps de s’investir pleinement en tant que capitaine et aller voir les joueurs sur tous les tournois. En revanche, il sait aller chercher l’énergie et je le vois bien intervenir dans ce rôle. Il aime le tennis plus que personne, a envie de donner un coup de main et aurait dû le dire en interne.

Comment analysez-vous cette défaite ?

Tsonga a été dépassé par l’événement et s’est assez vite posé en victime, cherchant des excuses.

Pourtant, quasiment rien n’a changé dans l’état d’esprit de l’équipe de France par rapport à la demi-finale remportée face aux Tchèques. Mais les adversaires étaient cette fois largement supérieurs. Le public ne demande qu’à s’enflammer mais il faut lui en donner envie. J’y étais et à chaque petit sursaut des Français, les spectateurs étaient là. Mais en face c’était Federer. On était à la fois triste d’avoir perdu mais tout de même heureux pour lui. Au niveau coaching, ce n’est pas évident de gérer quelqu’un dans la détresse comme Tsonga, qui ne ressent rien et qui a la boule au ventre. Quand vous êtes sur la chaise pendant une minute trente au changement de côté et que vous parvenez à trouver les mots mais que l’autre ne veut pas les entendre, ça ne peut pas aller. Je rejoins donc Yannick sur ce point : au niveau du classement, le match était déjà joué d’avance, et l’exploit ne se produit pas sur le court, mais bien en amont. Ils se sont trop mis la pression et sont arrivés rincés. Mais je ne leur jette pas la pierre car jouer devant 28 000 personnes est vraiment difficile.

Comment préparer la suite désormais ?

Quand on a autant de champions sur une génération, cela peut réserver de mauvaises surprises. Je n’aime pas la dénomination des « Quatre mousquetaires » pour parler d’eux car aucun n’a jamais gagné le moindre tournoi du Grand Chelem. Le seul à en avoir le potentiel est Monfils mais c’est dommage qu’il soit ingérable. Noah lui a proposé de l’aide mais il n’a pas donné suite. Il est physiquement au niveau de Nadal et en travaillant sur la durée, c’est le seul à pouvoir y parvenir. Il faudrait tout de même un sacré concours de circonstances. J’ai peur que cela soit le désert pour nous à l’avenir, comme cela a pu arriver à une époque pour la Suède avec Borg, Wilander ou Edberg. Le travail des clubs, des ligues et de la fédération est bien fait à l’échelon national. Notre formation est même copiée dans le monde entier, mais la préparation de nos meilleurs espoirs est à revoir et on va bientôt s’en rendre compte. La nouvelle vague de jeunes en face est impressionnante, leur niveau est très élevé.

Anthony Micoud


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