Tennis : « Gasquet est sauvé par son talent »

0
61

La finale de Coupe Davis a remis sur le tapis une vieille idée reçue. Richard Gasquet s’incline face à Roger Federer, qui permet à la Suisse de repartir avec le trophée. Dès lors, une rengaine déjà bien connue revient : « Les français n’ont pas de mental ». Comme souvent, le biterrois est la victime principale de ces critiques.

Depuis des années, les tennismen français sont systématiquement pointés du doigt. « Pas assez solides, trop faibles dans la tête ». Tsonga et Gasquet viennent s’ajouter aux Paul-Henri Mathieu et autres Gilles Simon, grands favoris craquant sous la pression de l’enjeu. Mais peut-on vraiment faire partie des vingt meilleurs joueurs mondiaux sans avoir de mental ? Pour Anthony Belli Deligny, finaliste des qualifications pour le tournoi des Petits As (le championnat du monde des 12-14 ans) à Tarbes il y a une dizaine d’années, c’est impossible : « Gasquet est avant-tout sauvé par son talent naturel. S’il n’avait vraiment pas de mental, il serait là où j’en suis ». Le jeune homme est aujourd’hui professeur de tennis à Mandelieu-la-Napoule (06) et ne joue quasiment plus de tournois.

Quand l’enjeu tue le jeu

 

Richard Gasquet a été médiatisé dès ses neuf ans et a subi beaucoup de pression. Si ses résultats sont en-dessous des attentes qu’il avait suscitées, son niveau de jeu reste excellent. A 12/13 ans, Anthony Belli Deligny battait facilement Jérôme Inzerillo, futur vainqueur de l’US Open Juniors en double et champion du monde 15/16 ans, et Romain Arneodo (membre de l’équipe monégasque de Coupe Davis). « Aujourd’hui, même Jérôme Inzerillo n’arrive pas à percer alors qu’il a été dans le top 10 mondial en juniors. Il y plusieurs caps à franchir pour arriver au très haut niveau »,. Dans son cas, l’enjeu a fini par tuer le jeu : « Je ne me faisais plus plaisir sur le court. Je jouais uniquement pour gagner, et avec la pression que ça engendrait, je ne jouais plus comme je savais le faire ».

Pas qu’un mal français

 Le Cannois estime que même si certains français ont des limites mentales (Simon, Gasquet), ce n’est pas un mal : « Gaël Monfils a un mental très solide. Quoiqu’on en dise, Jo-Wilfried Tsonga n’est pas le plus talentueux, mais son état d’esprit compense ». Pour lui, le cap mental qui sépare les français des meilleurs joueurs mondiaux est difficile à franchir : « Il n’y a que les joueurs d’exception qui arrivent à gérer de manière parfaite la pression. Sur cette génération, on a Federer, Nadal et Djokovic qui sont hors-normes. Tous les autres ont des failles mentales ». Quand voit Marcos Baghdatis briser toutes ses raquettes, ou Mikhail Youznhy s’ouvrir le front avec la sienne, on se dit qu’en effet, les bleus ne sont pas les seuls à avoir du mal à gérer.

Sylvain Mustapić