Suicide de policiers : des interventions de plus en plus difficiles

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©EricGaillard/Reuters policier, gendarmes... toutes les catégories sont touchées.

Cette année la police a connu une vague de suicides inquiétante. Plus de 60 agents ont mis fin à leurs jours depuis janvier. Quelle atmosphère retrouve t-on sur le terrain de ces agents ?

Manque de reconnaissance, insultes, non-respect : ils en ont marre

« Peu importe le degré de gravité des interventions, pour la reconnaissance c’est toujours la même chose : il n’y en a pas. » c’est le constat que fait une ancienne gardienne de la paix des Bouches-du-Rhône qui préfère rester anonyme. Après avoir exercé son métier pendant plus de 30 ans, c’est ce qui l’a le plus touchée dans sa carrière. « Si on a des problèmes à côté de son travail et que l’on traverse une période difficile, cela peut vite tourner à la catastrophe. » Pour Karine.P, policière municipale à Auriol, c’est le même problème qu’elle relève. « Les gens de nos jours sont devenus très égoïstes. Ils pensent que comme on est de la police, on est leur toutou et parfois ils se permettent de nous parler réellement comme à des chiens. » Depuis quelques années, lors de simples interventions les gens ont tendance à être insolents : « Les phrases qui reviennent le plus c’est : « j’étais juste au téléphone j’ai tué personne ! » Donc tant qu’on ne commet pas de meurtre on peut faire ce que l’on veut ? C’est difficile d’entendre ça car nous on se doit de faire notre travail. »

Une incompréhension complexe à gérer

C’est dans des situations conflictuelles que les policiers interviennent chaque jour et un mental d’acier est nécessaire pour faire face aux différents cas qu’ils peuvent trouver. Karine P. explique que la relation avec les habitants est devenue très difficile : ils doivent s’adapter aux diverses humeurs et caractères, chose qui n’est pas toujours évidente. « Les gens pensent que tout leur est dû : on est la police, on est là pour les aider, pour eux c’est normal. Mais nous ne sommes pas des machines ! » Le bilan de la policière auriolaise est identique à l’ancienne gardienne de la paix des Bouches-du-Rhône : le mépris et parfois la colère que les policiers peuvent recevoir créent un état de stress presque inévitable. Une anxiété que Frédéric Galea secrétaire national du syndicat unité SGP Police confirme. Pour lui, le stress est l’un des déclencheurs principaux des suicides dans la police. « L’administration tente de dire à chaque fois que ces actes sont liés à des causes personnelles […] mais on ne peut pas nier que [ces problèmes] sont souvent causés par des difficultés professionnelles comme le stress par exemple».

Un soutien psychologique nécessaire

En plus des interventions quotidiennes, il arrive que les agents soient confrontés à des accidents très graves où ils ont l’obligation d’être présent en plus des pompiers. Pour Karine.P un soutien psychologique après les opérations les plus difficiles serait nécessaire. « C’est très délicat de faire face à cela, on voit des choses très dures et on est pas préparé. » Elle poursuit en expliquant que dans son équipe la solidarité règne. Bien souvent en fin de journée elle et ses collègues de travail se retrouvent afin d’échanger et de s’écouter, mais une réelle assistance psychologique manque. C’est aussi l’avis de Michel, gardien de la paix à Lyon depuis une quinzaine d’années. Après un burn out, il a tenté de se suicider avec son arme. Il confie que c’est l’un de ses collègues ici aussi qui l’a soutenu sans le juger. La souffrance psychologique est très tabou chez les policiers selon le quadragénaire lyonnais : « on nous demande toujours d’être fort et d’avouer qu’on ne va pas bien, c’est dur. » Le nouveau directeur général de la police nationale, Eric Morvan n’arrange rien : pour lui le facteur déclenchant des suicides est presque toujours d’ordre privé. Gérald Darmanin lui, semble plus conscient du problème puisqu’il a demandé il y a quelques jours « une évaluation des mesures mises en oeuvre pour prévenir les suicides parmi les forces de l’ordre ».

Léa Nicosia