Serge Amato fait plier Bouygues

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A Riquier, le combat de David contre Goliath s’achève en 2012. Des Niçois ont repoussé le projet du constructeur immobilier Bouygues. A la tête de ce groupe d’irréductibles, Serge Amato. Ce militant de longue date lutte depuis deux ans pour sauver le centre Costanzo. Son combat s’achève ce vendredi. « Il ne sera pas détruit ! » Le centre Costanzo reste debout. Grâce à Serge Amato. Le Président du comité de quartier Riquier et militant au Parti Communiste bataille depuis 2009 pour la survie de l’édifice niçois. L’ancien dispensaire de la fondation Lenval devait être rasé pour céder la place à des habitations. Ce vendredi, le constructeur Bouygues, « le pot de fer » a cédé face au « pot de terre ».

Riquier fait de la résistance

« Je venais au centre Costanzo avec ma mère dans les années 50, se rappelle Serge Amato, durant les périodes difficiles, la population de Riquier y trouvait de la nourriture et des soins. » Ses mains bougent, son regard devient mélancolique lorsqu’il évoque le centenaire du centre. Depuis toujours, ce quartier populaire se serre les coudes. Cette solidarité s’est imposée dans ce nouveau combat. « C’est notre Villa Masséna à nous ! Quand on a appris en avril 2010 sa future destruction, nous sommes immédiatement entrés en résistance. »

En premier, mobilisation générale. Serge Amato fronce les sourcils lorsqu’il retrace le rassemblement initial : « Nous étions plus de 200 sur le trottoir. Même ceux qui ne vivaient pas ici depuis longtemps voulaient sauver le centre. » Il organise les troupes. L’objectif ? Ralentir à tout prix la destruction. « Le plan était simple, décrit Serge Amato en allumant une autre cigarette, nous devions aller au tribunal pour gagner du temps ».

Une défaite et 5000 euros plus tard, le comité de quartier lance la contre-attaque. Et demande au maire de trancher. La position de Christian Estrosi est pour lui primordiale. Pendant deux ans, le leader du mouvement multiplie les actions pour montrer à la mairie sa détermination. Pétitions, réunions, tracts, apéros de quartier ponctuent les semaines du quartier Riquier.

D’une bataille à l’autre

A l’heure du bilan, Serge Amato a tout de même une réticence à s’avouer vainqueur. « Il n’y a pas de raison que Bouygues ne signe pas… L’accord est conclu » se rassure le septuagénaire. « Le contraire serait un sacré coup de tonnerre. » Pour ne pas céder à l’euphorie, il s’occupe. Se lève, prend un article, sort un livre et montre les affiches victorieuses préparées pour l’occasion.

Vigilant sur l’avenir de son quartier et de sa ville, Serge Amato est perpétuellement entre deux luttes. « Aujourd’hui, la bataille ne s’arrête pas. Nous félicitons le maire mais nous remercions tout le quartier. Parce que cet accord, c’est avant tout notre victoire ! » Alliant le geste à la parole, Serge Amato retrousse les manches de sa chemise. Les habitants de Riquier souhaitent réhabiliter le Costanzo en crèche. « Cela permettrait de conserver l’aspect social du site. Nous espérons que la mairie prévoit une participation du comité dans le projet. »

Un autre bras-de-fer pour ce travailleur social à la retraite, qui l’avoue dans un sourire : « Ce ne sera pas le dernier ! »

Pauline Amiel & Sandra Cazenave