Ravi Shankar est au Nirvana

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Ravi Shankar, le virtuose du sitar est décédé à San Diego, en Californie, le mardi 11 décembre dernier à 92 ans des suites d’une opération au cœur.  Le « parrain de la musique du monde » avait réussi à démocratiser la musique classique indienne en Occident.

Ravi Shankar et sa fille Anoushka en concert à Calcutta en février 2009. Photo AFP

L’ami intime de Georges Harrison a tiré sa dernière révérence. Il laisse derrière lui une œuvre variée, fruit du travail du musicien respectueux de la musique hindoustanie (d’Inde du Nord) et de ses collaborations avec les plus grands occidentaux.

Education parisienne

Ravi Shankar est né le 7 avril 1920 sur les bords du Gange, dans la ville sacrée de Bénarès. Il est brahmane de sang, la plus haute caste de la société traditionnelle hindoue. Sa naissance artistique se fait à Paris, lorsqu’Uday, l’ainé de la famille, l’emmène en France où il fait ses études… Et sa première scène au théâtre des Champs-Elysées. En 1930, il gagne rapidement en notoriété malgré son jeune âge. Le futur virtuose rentre en Inde en 1938, où il rencontre son maître, Baba Allaudin Khan. Ravi Shankar dira « Baba a changé ma vie, quand je l’ai connu, j’étais un enfant gâté. Il m’a appris l’importance de la discipline ». Si en Inde les musiciens sont multi-instrumentalistes, Ravi se passionne pour le sitar, ce luth à manche long symbole de la musique hindoustanie. Certainement l’un des instruments les plus difficiles à jouer avec ses 21 cordes qu’il faut pincer à s’en tordre les doigts. A force de travail, il en devient virtuose.

Le « parrain de la world music »

Pour parfaire sa notoriété, il revient en Occident. Sa rencontre avec Georges Harrison, à qui il apprend l’art du sitar, lui donnera une aura de superstar. Le guitariste des Beatles le surnommera le « parrain de la world music ». Les deux hommes se considéreront comme des « âmes sœurs ». Harrison, avec le célèbre violoniste Yehudi Menuhin et le tabliste Alla Rakha, sont les trois seuls à avoir eu le privilège d’être considérés comme des « frères » par le sitariste.

Mais l’enfant de Bénarès a inspiré bien d’autres artistes. Brian Jones des Rolling Stones utilise le sitar sur  le titre de 1966 Paint it Black et Robbie Krieger des Doors s’en inspire sur les premières du titre fleuve The End. Ravi Shankar participe au festival de Woodstock en 1969, devant près de 500 000 personnes. En pleine culture hippie, Ravi Shankar s’étonne  des hippies qui confondent les paradis artificiels avec l’hindouisme. Il déclarait en 1999 à Libération : «Je trouvais formidable que les jeunes se passionnent pour notre musique, mais je condamnais l’usage des drogues, incompatible avec le caractère sacré de notre musique».

L’héritage et le sang de Ravi sont perpétués par ses filles. Anoushka jouait avec son père le 4 novembre encore, dont elle a tout appris du sitar. Quant à Geetali Norah, elle est la pianiste pop soul connue sous le nom de Norah Jones .

Jean-Sébastien Gino-Antomarchi