Pour trouver Nice, suivre le Lapin blanc

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L’exposition Ici Nice accueille les âmes curieuses du 10 décembre au 10 janvier 2012 dans les anciens abattoirs de Nice. Une première pour cette friche industrielle en cours de réhabilitation. Un voyage au bout de la capitale azuréenne.Le néon qui tremblote. Les murs décrépis et des salles désaffectées. Aucun doute, je suis bien aux anciens abattoirs de Nice. Premier pas, premier choc. Je tombe dans le terrier du lapin blanc. Un terrier terriblement profond, glauque et psychédélique. Des tableaux contemporains de l’exposition pendouillent à des crocs de boucher. J’imagine les rangées de porcs dépecés éparpillées et les coups de couteaux acharnés qui rentrent dans la chair. L’univers de Saw version niçoise. Mon esprit s’engouffre plus profondément dans le subconscient des 50 artistes qui incarnent Nice. Le cours Saleya décalé de Stéphanie Marin côtoie les perspectives rocambolesques de Martin Catimini. Loin de la ville aux palmiers, de la mer et des casinos. Le Nice de Lautréamont.

Alice au pays de l‘art-core

Je suis seule. Seule dans ces 40 000 mètres carrés avec le fantôme du boucher. Mon unique répère : la ligne jaune. A la fois symbole d’interdit et terriblement attractive. Les flèches fluo me guident dans ce labyrinthe fantasmagorique. J’avance, les yeux aux aguets. Devant moi, une lourde porte en fer de 4 mètres de haut. La tôle est tordue, comme aplatie par le pied d’un géant. En la dépassant, je rapetisse. Telle une Alice ayant bu la potion. Les galets du Castel sont gigantesques, ils m’écrasent de leur taille monumentale. Derrière le miroir de plastique souple, une pépite d’or lévite devant mes yeux. Le miroir se déforme. Je m’approche, hyptoniquement attirée. La pépite grossit, grossit, m’étouffe. Mes yeux ne clignent plus. Seule une musique de fête foraine stridente m’extirpe de ce trip alchimique.

Cordes pendues, langues de bœuf et art moderne

Je m’éloigne de mon chemin jaune. Une vidéo au fond de l’ancien frigo suggère une cascade sur les carreaux blancs fissurés. La cascade du château coule entre des tas de sable entassés. Le klaxon d’une voiture -à l’extérieur du terrier- me glace. Je me demande: « Ce frigo est-il inactif ? » Je frissonne et me retourne. Devant moi, trois ombres. Trois érynies d’Anne Gérard me fixent. Les tableaux, sanguinolents et enfantins à la fois me dévisagent. Des enfants bouchers, malsains et pourtant naïfs. Au dessus de l’entrepôt où je me perds, des rails. Des kilomètres de rails. Avant, des carcasses de viande saignante y étaient accrochées. Le labyrinthe irréaliste me tourne la tête et me rend folle. J’entends presque le mécanisme et les rouages de ce réseau rouillé.

Illusion ou réalité ? Un lapin blanc galope devant mes pieds. Je me lance à sa poursuite. Une enfilade de portes s’étale devant mes yeux. Laquelle choisir ? La première me fait retourner dans les sixties. La seconde dans un salon du XIX ème siècle. Dans l’encadrement effrité de la troisième: le lapin me jette un regard accusateur. « En retard, en retard, il est 14h30, t’as un papier à écrire, ma grande. »

Pauline Amiel et Coralie L’enfant