Plantu, «l’asticoteur de la classe politique»

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Le plus connu des dessinateurs de presse français s’est présenté devant les lecteurs du quotidien Nice-Matin à l’hôtel Majestic-Barrière de Cannes. Détendu, souriant, il est revenu sur sa profession, son association Cartooning for peace et les politiques. 

Un Ipad à la main, deux feutres dans la poche de son manteau et les cheveux au vent, Jean Plantureux dit « Plantu » est arrivé à l’hôtel Majestic-Barrière pile-poil à l’heure. Pourtant, sa vie est loin d’être de tout repos. Entre son métier de dessinateur de presse et son engagement sans limite dans son association Cartooning for peace, Plantu n’a pas une seconde à perdre mais met un point d’honneur à mener sa vie comme il l’entend.

Plantu à la rencontre de Nice-Matin. Photo Nice-Matin.

Collaborateur du Monde depuis 41 ans, défenseur acharné de la liberté des caricaturistes dans le monde, Plantu croque l’actualité et la vie. Venu sur la Croisette vendre aux enchères différents dessins pour son association – fondée avec Kofi Annan, l’ex-secrétaire général des Nations Unies, il y a sept ans – le personnage haut en couleurs est un ardent défenseur de la situation précaire des dessinateurs du Moyen-orient et du Maghreb. «Cette association mélange des dessinateurs de toutes religions. Avec nos dessins, on essaye de faire dialoguer les gens. C’est une vraie agitation de l’opinion sous forme d’images. Être caricaturiste, c’est être un baromètre du pays» lance Plantu, pas peu fier d’avoir été contacté par Gilles Jacob et Thierry Frémaux (respectivement président et délégué général du Festival de Cannes) pour cette vente aux enchères «dont les bénéfices serviront à la liberté de la presse».

«Mon meilleur client? Sarkozy. Je lui dois de l’argent»

Son premier dessin dans le quotidien Le Monde ne ressemble en rien aux actuels: deux coups de crayon plus tard et une colombe avec un point d’interrogation dans le bec pour symboliser la guerre du Vietnam. Aujourd’hui, ses croquis se retrouvent en Une du Monde et caricaturent l’actualité aussi bien politique, qu’économique ou sociale. «Je propose chaque jour à la rédaction cinq dessins en rapport avec l’actualité explique Plantu. Et quand je dessine, je veux être tout seul, chez moi ou à l’hôtel. Je ne peux plus travailler au siège du Monde». Entre deux questions, le dessinateur lâche quelques anecdotes: de son dessin précipité quinze minutes après la mort de François Mitterrand à Jean-Marie Le Pen, un personnage «facile à travailler» en passant par «Mon meilleur client? Sans aucun doute, Sarkozy, je lui dois de l’argent» ou encore le regret de dessiner Simone Veil qui a des traits de «Raymond Barre un peu rond avec un chignon», Jean Plantureux garde toujours la même fraicheur et l’envie de transmettre. «Je reçois énormément de messages. Mails, courriers… Je réponds toujours à mes lecteurs, heureusement que j’ai une assistante, Maïté, qui m’aide. Je serais mort sans elle (rires)». Quand il s’agit de parler de la classe politique, Plantu est le premier à se redresser sur sa chaise. «Je suis amoureux des politiques, de l’Assemblée nationale, du Sénat et des maires de France confie le dessinateur. Je les énerve et les asticote. Mais le but recherché n’est pas la polémique mais bien de dialoguer». Et Plantu qui se caricature, ça donne quoi ? «Un zigoto qui cherche et ne trouve pas les bonnes idées de dessins avec les yeux qui tombent, un menton un peu mou et une coiffure improbable» s’amuse-t-il avec un feutre à la main. Plantu, un éternel ado qui «astique les puissants sans les humilier».

Jean-Alexis Gallien-Lamarche