Pellerin et le casse-tête Twitter…

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Invitée par « Marianne », jeudi 14 février, à débattre sur la relation entre la communication numérique et l’éthique, la ministre déléguée à l’Economie numérique, Fleur Pellerin, est revenue sur le casse-tête Twitter : comment obtenir d’une entreprise américaine qu’elle se plie au droit français ?

#unbonjuif, #simonfilsestgay, il y a encore quelques semaines, ces hashtags (mots-clés, ndlr) utilisés par certains utilisateurs du réseau social Twitter ont créé la polémique. Humour noir ou simple dérapage ? L’UEJF (Union des étudiants juifs de France) est montée au front.

L’organisation a rapidement réclamé à Twitter les données personnelles des auteurs de ces tweets, ce que l’entreprise a refusé, avant d’être finalement sommée par une décision du tribunal de grande instance de Paris de communiquer les adresses IP réclamées par l’UEJF. Reste que cette décision jugée « historique » par Jonathan Hayoun, président de l’association, est encore un cas isolé.

Voilà qui n’est pas du goût de la ministre déléguée à l’économie numérique, Fleur Pellerin. Invitée par Marianne à Nice, jeudi 14 février, pour débattre d’éthique et de communication, la jeune responsable politique a en effet estimé que le réseau social aux 500 millions d’utilisateurs donnait trop facilement lieu à toutes sortes de dérives et qu’ « il faut, dit-elle, le réguler ». « Internet est un espace à part puisque l’anonymat désinhibe la parole ». Aussi, Fleur Pellerin a-t-elle appellé l’entreprise à « s’adapter aux cultures juridiques et éthiques des pays dans lesquels elle souhaite se développer ».

Un vœu pieu ? Comme entreprise américaine, Twitter estime que seul le premier amendement de la Constitution des Etats-Unis s’impose à elle. Une loi qui élève la liberté d’expression au rang de valeur suprême. Et n’en déplaise à la ministre déléguée, le droit français y trouve difficilement sa place…

Mais Fleur Pellerin n’est pas naïve. Elle a donc décidé d’opter pour le « dialogue » avec Twitter. Pour l’instant, le fameux « dialogue » reste une démarche exclusive et isolée. « Il faut travailler avec l’entreprise sur une procédure efficace de signalement des tweets », avance la ministre.

D’autant que la donne est sur le point de changer, d’après la ministre. L’entreprise doit en effet s’installer prochainement à Paris. Parviendra-t-elle alors à faire appliquer le droit français ? La ministre l’assure, les dirigeants de Twitter sont « réceptifs ». A quel point ? On attend de voir…

Sarah Aboutaqi et Romain Béteille