Peintres du Vieux-Nice : l’art de la débrouille

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Le Vieux-Nice regorge de petits ateliers et de galeries d’artistes. Entre crise et manque de visibilité, chacun vit de l’art à sa manière.

« Le Vieux-Nice est idéal pour échanger avec les gens », explique Vladimir Shestakov, peintre migrateur. Avec une cinquantaine d’expositions à son actif partout dans le monde, l’homme aime le contact. C’est pour cette raison qu’il a choisi le Vieux-Nice. Il y vend peu. Sa boutique est avant tout une vitrine. Grâce à elle il partage son univers avec des connaisseurs parfois venus de loin. « Il faut trouver des amateurs d’arts qui aiment tes tableaux » déclare-t-il. Vladimir Shestakov vit entièrement de sa passion. Ses œuvres sont cotées entre 500 et 3300 euros.

Antoine Romangoni, lui, attend de son atelier du Vieux-Nice plus que du contact. Il a besoin de vendre. Bientôt à la retraite, ce technicien du tramway ne vit pas que de la peinture. Il compte sur sa future pension pour continuer à créer sans avoir à s’inquiéter. Mais ce n’est pas le cas pour tout le monde. « Mon collègue, José Curti, s’il ne vend pas, il ne mange pas ». Des cours de peinture dispensés le mercredi permettent aux deux compères de couvrir les dépenses destinées au local. Il faut compter 400 euros de loyer, plus les charges, l’internet… La crise n’épargne pas l’art. « Ce qui nous fait perdre de l’argent c’est la conjoncture actuelle. Aujourd’hui, un petit amateur d’art réfléchit à deux fois avant d’acheter un tableau à 150 euros » se désole Antoine Romangoni.

Le peintre russe Vladimir Shestakov expose ses oeuvres
dans sa galerie de la rue Droite.

« Ici c’est la guerre »

Selon Vladimir Shestakov, la rue Droite est l’une des seules rues de Nice où l’on trouve des peintres vivants. Il déplore que la Mairie ne fasse rien pour la promouvoir. Un avis partagé par Antoine Romangoni : « ils ne font pas assez pour les artistes à Nice. Ici, c’est la guerre ». Tous deux s’accordent à dire que le quartier devrait être plus animé. Que des festivals devraient y être organisés. D’après eux, les créateurs ne peuvent pas se cantonner au Vieux-Nice pour vivre. Il y a des astuces pour s’en sortir. Certains utilisent les ventes aux enchères pour faire apparaître leur nom dans des catalogues prisés par les collectionneurs. La décoration des appartements témoins (surtout pratiquée aux Etats-Unis) est aussi une opportunité à saisir pour se faire connaitre. Antoine Romangoni à une pratique bien à lui. Il brade certaines de ses œuvres, ou en donne, à des restaurants par exemple. Une manière efficace de toucher un large public. Car, pour lui, « une œuvre d’art devient une œuvre d’art quand elle est sur le mur de quelqu’un ».

 

Clarine Baudin et Emilie De Freitas