Patrick ne s’arrêtera jamais de courir

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Déjà six jours que le top départ de la No Finish Line à Monaco a été donné. Jour et nuit, 6000 coureurs et marcheurs accumulent les kilomètres pour aider les enfants malades. Un kilomètre rapporte un euro à l’association Children and Future. Patrick Pierre, sur une seule jambe, en a déjà parcouru 332.

Bip. Le compteur sonne pour le 242ème passage du dossard 11. Patrick Pierre court depuis six jours. Il est onze heures, l’heure de la pause pour ce coureur de fond depuis 45 ans. Les traits tirés, des cernes sous les yeux, une longue barbe hirsute, un bandeau rouge pour retenir ses longs cheveux blancs : « Déjà 332 000 mètres de parcourus, l’équivalent d’un Nice – Montpellier.» Avec lui, les chronos de la douzième édition de la No Finish Line s’affolent : 141 heures de course, quasiment 19 heures par jour sur la piste du port Hercules.

Son objectif : le dépassement de soi. Le moyen : la course de fond. Son accident de la circulation aurait pu tout stopper. Depuis, il traîne sa jambe gauche, morte. Mais cela ne l’empêche pas de figurer parmi les premiers de la No Finish Line.

Un moyen de rencontres

C’est la première fois qu’il participe à l’épreuve monégasque. « J’ai commencé à prendre part à des parcours de 24 heures dès 1966 ». A ses côtés, sa femme Maryse s’occupe de l’intendance, note les temps de passage sur un petit carnet, le soutient. A l’intérieur du petit fourgon installé à côté du départ de la course, « Je lui prépare des salades de thon et de riz, j’essaye de le faire dormir un peu. » Et même si le manque de sommeil se fait plus présent heure après heure, Patrick poursuit : « Je suis là pour me dépasser ».

Mais la course de fond est également un moyen de rencontres. Même les plus inattendues : « Un soir, à minuit, le Prince Albert est venu courir avec moi ! Et d’ailleurs, tout à l’heure, j’ai croisé la Princesse Charlène. » Au delà des anecdotes, ce sont de véritables liens qui se tissent sur la piste. « Nous formons une grande famille. Les autres coureurs sont plus que des amis. » Ces fanas de course de fond se retrouvent à chaque épreuve comme il y a deux semaines, pour les 24 heures de Bordeaux.

Une passion dangereuse

Plus qu’une passion, la course de fond peut tourner à l’addiction. Quitte à se mettre en danger. Patrick, à force de tirer sur sa seule jambe valide, a développé un épanchement de synovie. « Même si c’est très douloureux, Je refuse d’aller voir un médecin ». Et d’arrêter de courir. Il continue avec des béquilles. « J’ai dû tirer un trait sur l’objectif des 600 km que je m’étais fixé ». Cela fait 45 ans que Patrick veut trouver jusqu’où il peut aller mais pour le moment il l’affirme :  « Je n’ai toujours pas atteint mes limites ».

Pauline Amiel et Pierre Peyret