Papy-boom à Hollywood

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Le film Red, qui sort dans les salles mercredi, renforce la tendance hollywoodienne actuelle de produire des films d’action avec les anciennes gloires du genre des années 1980-90. Cette mode du vieux super-héros s’explique pour des raisons économiques. Mais des facteurs culturels et sociaux permettent également d’expliquer cette gérontophilie particulière.

Rocky, Rambo, John Mc Clane (le héros de Die Hard) : les super héros des années 1980-1990 ont effectué un retour fracassant ces derniers temps sur les écrans de cinéma. Quinqua, voire sexagénaires, ces personnages interprétés par Stallone ou Bruce Wilis ont fait oublier leur âge en sauvant la planète et/ou en mettant à une raclée à de jeunes loups survitaminés.

The Expendables, sorti cet été, constitue une parfaite illustration de cette nouvelle propension américaine. Réunissant tout le gratin des acteurs body-buildés de l’ère Reagan (Schwarzenneger, Stallone, Dolph Lundgren, Mickey Rourke), ce block-buster est à la fois un hommage mais également une hyperbole du retraité en pleine forme physique. Le film Red surfe sur cette nouvelle vague. Il met en scène trois piliers du thriller ou du film d’action : Morgan Freeman, John Malkovich et Bruce Wilis dans le rôle d’ex-agents de la CIA qui reprennent du service.

Cette mode s’explique d’abord pour des motifs économiques. Hollywood subit également la crise. Les producteurs ne veulent pas prendre de risque et font donc appel à des acteurs bankables dont le succès au box-office peut être assuré. Le temps des super-productions, mettant en scène des jeunes premiers dont le jeu d’acteur est noyé dans les images de synthèse (Transformers) semble être révolu. La tendance est désormais de remettre en piste des valeurs sûres qui assureront médiatiquement la promotion. Un Stallone ou un Bruce Wilis sur un plateau télé, c’est l’audimat assuré. Pourtant, leur jeu d’acteur n’est pas valorisé pour autant. Schwarzenneger ne fait qu’une brève apparition caricaturale dans The Expendables. Dans Red, la prestation de Bruce Wilis se limite à des rictus incessants et à des rechargements d’arme automatique. Mais peu importe : ce qui compte c’est que leur nom soit inscrit sur l’affiche.

La vieillesse est à la mode

Augmentation de l’espérance de vie, régime d’Okinawa pour être centenaire, élection de Super Mamie dans de nombreux pays, le phénomène Cougar, la démocratisation du Botox ou de la DHEA, Schumacher qui revient ou Jeannie Longo qui n’arrête pas le vélo… la vieillesse occupe la scène médiatique et sociale de manière écrasante. Hollywood exploite également le filon. La génération baby-boom de l’après-guerre est désormais sexagénaire. Hugh Hefner, Clint Eastwood, Tom Jones sont les icônes de cette mode du vieillard californien en parfaite condition physique. Beaucoup d’Américains sont de cette génération et voient dans ces films de super-héros aux cheveux blancs une consolation. La vie ne s’arrête pas à 60 ans. On peut être vieux et pratiquer une activité physique. On peut être âgé et continuer à séduire ou à travailler. Tel est le message subliminal que veut faire passer le 7e art américain.

Le film L’Etrange histoire de Benjamin Button avec Brad Pitt, qui raconte l’existence invraisemblable d’un homme qui naquit à 80 ans et qui vieillit à l’envers, est l’exemple parfait de cette apologie actuelle de la viellesse sur le plan culturel.

Alexandre Borde