Paiement sans contact, le début d’une nouvelle ère?

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Le paiement sans contact séduit de plus en plus. Crédit : Pixabay

À peine deux ans que ce système a été mis en place, et déjà plus de 30% des paiements de moins de 20 euros se font grâce au paiement sans contact. Le 1er octobre, le plafond a été relevé à 30 euros, pour permettre encore plus de transactions rapides, au risque de diminuer fortement la circulation d’argent liquide. Y a-t-il de quoi s’inquiéter?

Aucune banque ne passe à côté de l’opportunité. Dans certaines enseignes, toutes les cartes sont équipées de la puce miracle. « Si un client ne désire pas profiter de ce service, il doit le spécifier, et non le contraire », explique Aurélie Trespeuch, directrice des agences Caisse d’Épargne de Sospel et de Tende. « De plus en plus de commerçants nous demandent la machine adaptée, ici à Sospel ils l’ont quasiment tous » ajoute-t-elle. La banque constate qu’il y a une baisse conséquente des retraits en liquide, surtout depuis qu’il n’est plus possible de retirer de l’argent dans une majorité d’agences.
Avec un maximum autorisé de 30 euros et surtout pas de minimum requis, finies les pièces qui s’accumulent au fond du sac à main après avoir acheté du pain ou des viennoiseries. À la boulangerie « Alexis Demaria » sur l’avenue principale, Yvette Rebaudo, retraitée de la fonction publique est une convaincue : « Plus besoin de perdre mon temps à compter les 95 centimes pour ma baguette, et en plus je ne risque pas de me faire voler ou arnaquer. Et je n’ai même pas besoin de me souvenir du code !» dit-elle gaiement. Sa petite-fille lui a tout expliqué et depuis, elle n’utilise plus que sa carte. Le jeune employé, Thomas F., y est également favorable car cela lui évite de manipuler des pièces de monnaie entre deux pâtisseries, question d’hygiène.

Bruno Criscuolo, boucher à Sospel, constate une
montée en flèche des paiements sans contact (Photo EC)

Chez le boucher, c’est le même son de cloche. Bruno Criscuolo, employé par « La Ferme Riberi » est étonné d’un tel succès. « Aujourd’hui plus de 80% des paiements se font grâce à la carte sans contact, et avec l’augmentation du plafond cela risque encore d’évoluer » déclare-t-il. Il ajoute : « Souvent les gens dépensent entre 20 et 25 euros ici, et ils étaient donc obligés de faire leur code. Mais plus maintenant ! » Dans son commerce ce sont plus fréquemment les personnes âgées que les jeunes qui l’utilisent, malgré ce qu’on pourrait croire. Pour lui c’est un gain de temps, car quand il y a foule, il est parfois difficile de tout gérer simultanément, la découpe, le sourire, le service, la caisse…

 

Mais est-ce réellement sans danger ?
Certains utilisateurs émettent des craintes car sans code confidentiel à taper, que se passe-t-il si on perd sa carte ou si elle est volée ? Les risques sont réels mais « tout de même limités, car il y a un maximum d’opérations et un plafond de dépenses par jour, qui s’élève à environ 200 euros », d’après la banquière Aurélie Trespeuch [selon les banques, les plafonds ne sont pas les mêmes, NDLR]. Faut-il encore se rendre compte de la disparition de sa carte… Une sécurité toute relative donc !

Pour les commerçants, ce système évite les fraudes, et facilite la comptabilité. Mais cela a un coût qui peut devenir non négligeable, car la banque prélève une commission sur chaque opération, quel que soit son montant.
Par ailleurs, les ventes « au noir » deviennent impossibles avec cet outil. C’est même tout le système d’économie parallèle qui risque de disparaître si dans un futur proche il n’y a plus d’argent liquide : ventes sous le manteau, « tombés du camion », contrefaçons, produits illicites mais également objets de deuxième main, vente entre particuliers, prêts entre amis… et quid de la petite pièce que l’on donne à ses petits-enfants après les courses, pour aller s’acheter des bonbons ? Ou au SDF du coin de la rue, qui lui n’a pas de terminal CB?

Elisabeth Clouard