« Nuits pourries »

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Si les partisans de la trajectoire sud approchent tous de la zone des Alizés, il leur faut d’abord passer le front. Marco Nannini (UniCredit) résume ainsi la situation : « ça me rappelle les massages sportifs, vous êtes convaincus que vous vous sentirez mieux demain mais vous avez hâte que ça finisse  ». Et pour cause, Franck Cammas, leader de la course toutes catégories avec 289 milles d’avance sur Thomas Coville, a passé la nuit à barrer, sous la pluie, pour rencontrer une mer croisée et brutale dans la matinée. Selon ses prévisions, la situation devrait s’arranger en milieu de journée, une fois la mer calmée et le gennaker envoyé. Toujours dans le registre des galères, Christopher Pratt semblait le plus remonté. « Dans la série « Nuits Pourries », elle a gagné le pompon… On avait un passage de front, et il ne s’est pas passé pareil pour tout le monde. Moi je suis resté encalminé là-dedans pendant quatre-cinq heures, avec du vent entre zéro et dix nœuds, une mer dans tous les sens… C’était particulièrement pénible  ». Le skipper de DCNS 1000 a pu redémarrer vers huit heures ce matin, et profite d’un vent à 25-30 nœuds après avoir perdu pas mal de terrain sur ses adversaires.

Chavirages en chaine

Encore moins bien loti, Marc Guillemot (Safran) a eu chaud ce matin. Son monocoque a heurté un OFNI, lequel a relevé le safran sous le vent. Un départ à l’abattée et un empannage plus tard, le bateau est couché sur l’eau, et le skipper est à cheval sur son moulin à café pour essayer de redresser ledit bateau. Au bout de plusieurs heures d’efforts, Marc Guillemot a pu reprendre sa route, laissant des forces et une voile dans l’aventure. Même mésaventure pour Kito de Pavant (Groupe Bel), trente milles derrière Guillemot. 25 nœuds de vent sud qui passent brusquement à 25 nœuds de vent nord, un ballast plein… Un bateau chaviré. Le skipper a pu lui aussi redresser son bateau et continuer la course. A l’opposé sur l’échelle des ennuis, Michel Desjoyaux (Foncia) estime que pour lui, la course est perdue : au sud des Açores, c’est le calme plat. Enfin, Hervé de Carlan a annoncé ce matin son abandon. Obligé de faire escale à Lorient pour une avarie sur la poutre avant de son catamaran, le médecin Costarmoricain a découvert qu’une de ses dérives n’avait pas tenu le choc.

Et puis il y a les optimistes. Lionel Lemonchois a semble-t-il repéré les Alizés depuis son perchoir et avance maintenant à bonne allure. Jean François Lilti (Citoyensdumonde.net) continue à descendre vers le sud et à profiter du paysage. Il est sans doute un des seuls de la flotte à naviguer en tee shirt, en attendant les Alizés qui lui permettront de mettre le cap sur les Antilles.

Alice BRU