Notre père, délivre les du mal

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Polémique dans le milieu catholique. Dimanche 3 décembre, la messe a connu quelques modifications. Désormais, dans la prière du Notre Père, les fidèles ne devront plus dire « ne nous soumet pas à la tentation », mais « ne nous laisse pas entrer en tentation ». Une réforme imposée par le Vatican, plus ou moins appréciée par la communauté chrétienne.

« Qu’est-ce qu’elle était stupide cette phrase ». L’opinion du Père Jean-Marc a le mérite d’être claire. Pour ce serviteur de Dieu, cette réforme remet les choses dans leur contexte. « D’un point de vue théologique, la phrase : « ne nous soumet pas à la tentation » était ambigüe. Ça faisait comprendre que le Seigneur nous laissait le choix de commettre le péché.. c’est pervers ! Il est là pour nous en dissuader », s’exclame le curé, la croix autour du cou. Dans la petite librairie de l’église Saint-Joseph, le religieux raconte comment ses paroissiens ont réagi lors de la messe : « La plupart sont restés neutres, mais il y a eu quelques fidèles -assez âgés- qui n’ont pas compris. Ils ont protesté, je me suis même embrouillé avec eux. Il faut dire qu’ils sont vieux, ils n’acceptent pas le changement, ils ne comprennent rien » Dans le cas contraire, la nouvelle génération n’a pas protesté contre cette réforme. Lors de ses cours de catéchisme, le prêtre explique que « les jeunes ne connaissent pas forcément l’ancien verset, ils l’acceptent donc plus facilement »

Le point de vue d’un expert

Alors que certains estiment que c’est une meilleure traduction des Évangiles de Mathieu, à l’origine en Grec, d’autres la perçoivent comme une diffamation. D’après Daniel Poulet, théologien diplômé de l’Institut Catholique de Paris, cette nouvelle formule est incorrecte. Selon lui, elle place désormais le fidèle dans une position supérieure au Christ. « Dans le Nouveau Testament, Jésus est tenté par Satan lors de sa traversée du désert. Pourquoi nous, simples mortels, ne serions-nous pas tentés par le péché ? Nous ne sommes pas plus malins que lui », explique-t-il d’un ton sec.

(Enfin) une bonne nouvelle

« De toute façon, je n’avais jamais accepté cette phrase », avoue Marie Burand, à l’accueil de la cathédrale Sainte-Réparate. Instauré en 1966 par le Vatican II, ce verset mettait mal à l’aise bon nombre de fidèles. Satisfaite de ce changement, cette retraitée explique derrière son bureau mal rangé sa vision des choses : « On est désormais plus proche des paroles du Seigneur ». Pourtant, lors de la messe, quelque chose n’allait pas. « Le prêtre a récité le nouveau Notre Père sans expliquer pourquoi. Ça peut paraître flou pour les paroissiens », explique-t-elle, en remettant en ordre les prospectus devant l’entrée de la cathédrale.

Quelques mètres plus loin dans le Vieux-Nice, derrière la vitrine de sa galerie d’art, une vieille femme lit à l’aide de ses grandes lunettes rondes. Micheline Guida expose les reproductions de l’artiste Brea, dont les oeuvres retracent la vie du Christ. Pratiquante « depuis la naissance », elle ne voit pas la différence entre l’ancienne et la nouvelle version de cette prière. « De toute façon, ce n’est pas Jésus qui nous soumet à la tentation, enfin je pense… Pour moi les deux versets ont le même sens », explique-t-elle, sous une peinture d’un apôtre au regard bienveillant. Ne comprenant pas tout ce changement au sein de l’Église catholique, cette retraitée ajoute en rigolant : « le tout c’est de s’en souvenir »

Point culture : Selon l’histoire catholique, le Notre Père est la parole du Christ, traduite de la langue Grecque par les apôtres Mathieu et Luc. Dans le Nouveau Testament, il est dit que Jésus-Christ en personne l’enseignait aux premiers fidèles. Le verset en question était à l’origine : « ne nous laisse pas succomber à la tentation », il est remplacé en 1966 par le Vatican II par « ne nous soumet pas à la tentation » D’après le président de la Conférence des Evêques de France, cette traduction était bien plus explicite.

 

 

@BaggioniNicolas