Municipales 2014 – Lellouche : « La candidature de NKM est un bol d’air frais pour Paris et l’UMP »

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A l’occasion de l’Assemblée organisée par Marianne à Nice, Pierre Lellouche, est revenu sur la candidature de Nathalie Kosciusko-Morizet aux élections municipales dans la capitale. Une candidature providentielle pour le député UMP de Paris. Elle intervient alors que la droite se refuse à analyser ses erreurs passées et parle, selon lui, à une population parisienne de plus en plus « bobo ». Mais ne lui dites surtout pas que NKM sera toujours vue comme « la parachutée de Longjumeau »…

Marianne : Nathalie Kosciusko-Morizet se préparait en coulisses depuis quelque temps. Elle vient d’annoncer sa candidature aux municipales de 2014 à Paris. A-t-elle fait le bon choix ?

Pierre Lellouche : Cela fait déjà plusieurs semaines qu’on la dit prête à se jeter dans la bataille. J’ai moi-même eu plusieurs conversations avec elle, je l’ai même encouragée à se présenter… C’est plutôt une bonne idée d’essayer de renouveler le personnel politique de la droite parisienne, le salut passera par là. Cela fait presque une génération, depuis la succession de Jacques Chirac, il y a dix-huit ans, que notre camp politique s’est enfoncé dans des divisions. Paris a besoin d’un renouvellement et de nouvelles idées. La candidature de NKM est un bol d’air frais.

Avant l’élection, NKM devra passer par une primaire ouverte à l’UMP, ce qui est inédit…

Oui et c’est d’ailleurs une formidable nouvelle ! J’ai également encouragé mon ami et suppléant Jean-François Le Garrec, qui connaît parfaitement la ville, à se présenter de façon à ce qu’il y ait un débat qui donne aux Parisiens l’envie d’essayer autre chose, d’en savoir plus et de débattre. Il faut qu’ils sachent qu’il y a aussi des idées à droite. C’est tout l’intérêt d’une primaire ouverte.

L’UMP a pourtant du mal avec le débat. L’affrontement Copé-Fillon a tourné à la farce. Ne craignez-vous pas une nouvelle foire d’empoigne ?

J’espère que non… C’est tout l’intérêt d’une primaire ouverte. Le but ne sera pas simplement d’aller draguer les militants. Au contraire, il faudra essayer de susciter un débat devant l’ensemble des Parisiens.

L’UMP aurait donc appris de ses erreurs…

Je le souhaite ! Comme responsable UMP, mais aussi et surtout comme citoyen. Il est clair que la démocratie en France a besoin d’une opposition forte et audible, ce qui n’est pas notre cas aujourd’hui. On a un gouvernement qui est en train de se planter, mais malheureusement il n’a aucune opposition crédible face à lui.

C’est que votre famille politique cumule les handicaps ?

C’est vrai, il n’y a pas de leader ni de cap défini. En outre, le travail d’inventaire n’a pas été fait alors que cela fait des mois et des mois que je le réclame devant le bureau politique. Il faut se poser la question de savoir pourquoi nous avons systématiquement perdu les élections depuis 2007 ? Pourquoi nous n’avons pas été capables de faire les réformes que nous considérions comme nécessaires ?

A Paris, NKM, elle, souffrira d’un autre handicap : elle sera « la parachutée de Longjumeau ». Pourquoi la soutenir plutôt que Rachida Dati qui est maire du VIIe arrondissement de Paris ?

Nathalie est parachutée de la banlieue parisienne. A ce compte-là, Madame Dati – qui est arrivée de Chalon-sur-Saône – c’est pareil. Il y a cinq ans, elle n’était pas maire du VIIe. Je ne vais pas rentrer dans ces histoires, car ce n’est pas le sujet. La seule candidature de Nathalie ou de quiconque, de Nelson Mandela ou du pape même, ne règle pas tout. Nous avons deux problèmes. D’abord à Paris, il y a un mode de scrutin par arrondissement qui n’est pas un scrutin au suffrage universel direct. Autrement dit, il n’y a pas, comme à Nice, de bataille entre deux personnes. Si c’était le cas, j’y serai allé ! Et je me faisais fort de battre Madame Hidalgo dans une bataille frontale.

Et le second problème alors ?

Nous avons aussi un problème social. La sociologie parisienne a énormément changé depuis dix ans. On a assisté au départ massif de notre électorat : les classes moyennes. On a un Paris de droite (à l’Ouest) et un de gauche (à l’Est). Il y a un clivage très fort. Cette réalité sociologique milite pour des gens plus jeunes et plus en phase avec cette population « bobo » qui vient vivre quelques années à Paris et en général ne peut y rester car la vie y est trop chère. Au final, on a une population jeune plutôt à gauche culturellement – car la gauche est soi-disant moderne. Pour ne rien arranger, on a une population d’immigrés qui profitent des logements sociaux et qui payent leurs  « logements » par un vote pour celui qui les a logés. Quand Delanoë fait de la préemption d’immeubles occupés comme dans le IXe, quand il vire les classes moyennes et les remplace par des immigrés, il change la nature du bureau de vote. Ce n’est peut-être pas beau ce que je viens de dire, mais c’est la réalité. Il y a une érosion des voix de droite dans Paris car notre électorat est obligé de s’en aller. On aura donc quoiqu’il arrive une élection extrêmement difficile. L’objectif sera de gagner le maximum d’arrondissements possibles. C’est là que la qualité des candidats et des équipes est très importante.

NKM a cette qualité nécessaire ?

Si elle parvient à insuffler une envie de renouveau, pourquoi pas. Si elle gagne la primaire, je ferai tout pour lui donner ce coup de main. Objectivement, on va avoir un gouvernement très impopulaire, un Delanoë qui part, des équipes assez usées et un bilan de la Ville peu convaincant depuis douze ans : explosion des taxes et du chômage, difficultés de logement et de transports. La vie quotidienne à Paris est devenue très compliquée. Si Nathalie met son talent dans cette affaire, on peut avoir de bonnes surprises, mais ce sera très difficile…

Propos recueillis par Fabien Mariaux
Crédit photo : EMILE/SIPA