Médiator : le jugement dernier

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De nombreux médicaments destinés à lutter contre le diabète et l’obésité et utilisés comme coupe-faim sont régulièrement mis sur le marché puis retirés derechef. Des études signalant des problèmes de santé graves en sont responsables. L’une d’elles vise le Médiator.Le marché de la minceur est en vogue depuis quelques décennies, c’est un créneau rentable pour les spécialistes de la santé. Mais en trente ans de commercialisation, le Médiator aura fait plus de mal que de bien. Le médicament des laboratoires Servier, réservé à l’origine aux diabétiques obèses puis prescrit à des patients en guise de coupe-faim a fait la première page du Figaro. Entre 1976 et 2009, l’agence française de sécurité sanitaire des produits de santé estime qu’environ cinq millions de patients ont été traités au Médiator. L’agence ajoute que 20% des prescriptions étaient sans rapport avec le diabète. La mise en cause du Médiator survient alors que Servier a déjà subi plusieurs condamnations en justice concernant un coupe-faim, l’Isoméride retiré de la vente dès 1997, dont la composition est proche de celle du médicament incriminé.

Pour les professionnels de la santé, la France a mis trop de temps pour traiter ce dossier. Ils remettent aussi en question la prescription de ce médicament à des non-diabétiques : « Avec le diktat de la minceur, le Médiator est un médicament qui a été beaucoup vendu. Les patients étaient très demandeurs et pas seulement les diabétiques. Une grande partie des personnes traitées voulait maigrir. Un traitement lourd et long, 15 à 20 boîtes par mois et 6 comprimés par jour » explique Gilles Renner, pharmacien à Nice. Pour parvenir à ce chiffre, la Caisse nationale d’assurance maladie a estimé l’impact des risques de cardiopathie vasculaire dûs au Médiator, en s’appuyant sur la consommation du produit, les hospitalisations et les décès. Depuis, le ministre de la Santé a chargé l’Inspection du travail des affaires sociales d’indiquer et de faire connaître les effets du traitement. Par mesure de précaution, il a aussi mis en place un comité de suivi dirigé par la direction générale de la santé pour être certain que les patients qui ont pris le traitement ont consulté un médecin pour écarter tous les risques de troubles valvulaires « Jusqu’à novembre 2009, le médicament était très souvent prescrit, au moins aussi souvent qu’un anti-inflammatoire. Les personnes ont des réactions très différentes mais dans les cas extrêmes, il y a des risques d’intervention, elle-même très lourde et risquée. Aux Etats-Unis, le médicament n’est plus à la vente depuis 1997 mais je ne connais pas les raisons ».

Au-delà de ces mesures de précaution, le ministre de la Santé se veut plus prudent dorénavant : il souhaite que l’Inspection générale des Affaires Sociales étudie davantage les médicaments commercialisés pour identifier tous les risques.

Maigrir ou mourir, il faut choisir !

Camille Wurtz