Mécano sur le Dakar

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Les concurrents bataillent du Nord de l’Argentine au Nord du Chili. Ils traversent tour à tour les dunes blanches de Fiambala, le grand désert d’Atacama ou la vertigineuse descente d’Iquique. Autant d’obstacles délicats pour les équipes techniques qui effectuent les liaisons en camion avec le matériel.

Lever vers six heures du matin, les mécaniciens n’ont pas le temps de s’attarder sur la beauté des paysages qui les entourent. Dès le réveil il faut affréter le matériel jusqu’à la prochaine étape. Environ 300 kilomètres de liaison et des heures de route à effectuer chaque jour. « Je n’ai pas connu le Dakar en Afrique, mais l’année dernière en Amérique du Sud les liaisons se sont bien passées. Les pistes étaient faciles et il y avait beaucoup de routes non accidentées  ». Alexandre Giorsetti, jeune mécanicien du Team Casteu, n’aura peut être pas la même chance cette année au vu du parcours dessiné par les organisateurs d’ASO (Amaury Sport Organisation). Si les pilotes risquent de galérer dans les parties désertiques avec leur road-book, il faudra pour les mécaniciens rivaliser d’ingéniosité pour éviter les traquenards dans le sable.

Un rythme d’enfer

Le périple se termine vers 15 ou 16 heures en général. A peine arrivés sur place, il faut alors monter le bivouac. Chacun s’y affère en respectant son rôle. Un travail collectif sous pression mais dans une bonne ambiance: « tout le monde met son égo de côté, il y a de l’entre-aide à l’intérieur du Team » confie Alexandre. L’opération d’installation du bivouac prend généralement entre une heure et une heure et demie. Mais pas le temps de souffler, il faut alors se pencher sur la moto fraichement arrivée.

Le dédale d’embuches que constitue le Dakar nécessite une attention particulière pour les réglages mécaniques. Loin des certitudes de la compétition sur pistes, un tel rallye génère sa dose d’imprévus et d’exigence. Et autant de défis pour les mécanos. « David est quelqu’un d’exigeant, il faut être à son écoute entre deux étapes », Alexandre souligne ainsi la nécessité de réajuster, adapter et paramétrer la moto selon le ressenti de son leader, David Casteu. Un travail titanesque de précision. Cette phase d’attention et d’entretien envers la moto ne doit pas être lésinée. Les mécaniciens lui consacrent au moins deux heures au quotidien.

Des conditions dantesques

La nuit tombée, Alexandre et ses collègues se permettent de « manger un bout ». Toujours  »à la bonne franquette », et bien souvent le même repas: « quelques merguez et saucisses locales en grillade  ». Avant d’aller se coucher pour quelques heures d’un sommeil, sinon réparateur, du moins apaisant. Un repos bien souvent perturbé par « les bruits des groupes électrogènes ou le souffle du vent  ».

L’aventure ne laisse donc pas la place à la routine. Cause première de cette instabilité: les changements climatiques et les caprices de la météo. « On essuie des tempêtes de sable impressionnantes et perturbantes ». Parfois même, pris dans la compétition et son rythme effréné, les mécaniciens en oublient des réflexes élémentaires de protection. « L’année dernière on a tous pris des coups de soleil dans la nuque sur la troisième étape. Il faisait une chaleur éprouvante ».

La passion, l’envie et la détermination guident ces mécaniciens. Leurs efforts sont récompensés par la joie de partager une fierté immense lorsque David brille. « Je suis rentré par la grande porte sur le Dakar l’année dernière. David a réalisé l’exploit de faire le temps scratch lors de la première étape. Une grande fierté! ».

Thomas MICHEL