Long format Web – Le hooliganisme à l’ère du football moderne

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Apparu pour la première fois à la fin du 19e siècle, le hooliganisme a traversé différentes générations pour évoluer avec son temps. Aujourd’hui, ce phénomène est connu mais parfois mal interprété.

D’où vient le terme hooligan ? Plusieurs théories existent quant à son origine. À en croire certains chercheurs, il apparaît pour la première fois dans des rapports de la police londonienne à l’été 1898. En cause, un dénommé Patrick Hooligan, régulièrement impliqué dans des bagarres. Son nom aurait été cité régulièrement dans des articles du journal britannique Daily News. Le terme ‘‘Hooligan’’ aurait ensuite été repris pour désigner des personnes violentes et bagarreuses. Autre théorie sur les origines du phénomène, celle d’une famille Anglo-Saxonne, les Hooligans. Connue pour être violente, elle aurait donné son nom à toute personne se comportant de manière violente. Il est important de rappeler que la définition du terme hooligan rapporte à un « jeune qui exerce la violence, notamment lors de rencontres sportives. » Il n’est donc pas uniquement lié au football mais bien aux compétitions sportives en général. Enfin, dernière théorie, le nom viendrait d’un gang de Islington, quartier de Londres, appelé « Hooley ».

Les hooligans au XXe siècle

 Le Hooliganisme prend de l’ampleur avec la création tout d’abord de la Football Association – la fédération anglaise de football – et du championnat de football anglais appelé First Division. Il est lancé en 1888 mais des incidents surviennent quelques années auparavant. À l’issue du match qui oppose Aston Villa et Preston North End, les deux équipes reçoivent des pierres, des crachats, et certains joueurs sont lourdement agressés. D’autres évènements marquants sont à noter, notamment le fameux Old Firm entre le Celtic Glasgow et les Glasgow Rangers en finale de Coupe d’Écosse. Le 17 avril 1909 un replay est organisé suite à une première finale qui s’est soldée par un match nul (2-2). Problème, le deuxième match se conclut également sur un match nul (1-1), et le règlement de la compétition ne prévoit pas de prolongation pour décider d’un vainqueur. C’en est trop pour les supporters qui décident de régler cela à leur manière. Des émeutes éclatent et la Fédération Ecossaise déclare qu’il n’y aura aucun vainqueur.

La démocratisation du hooliganisme en Europe et dans le monde

La période d’entre-deux guerre est plutôt calme en Angleterre, c’est en France que se manifestent certains hooligans. En 1932, les supporters du Havre sont suspectés d’avoir incendié le stade de la Cavée Verte après une lourde défaite dans le derby face à Rouen (6-1). Plus tard, en 1967, ce sont les supporters du Red Star qui vont s’illustrer. Suite à une décision arbitrale litigieuse, les supporters se mirent à incendier le stade et à démonter les tribunes.

C’est à partir des années 1960 que le hooliganisme va faire son retour sur le devant de la scène, notamment en Angleterre. C’est aussi à cette période que le phénomène va s’exporter à travers le monde. Au Royaume-Uni, la plupart des clubs de première division comptent au moins un groupe de supporters violents. Les pires affrontements étant lors des matchs entre club locaux et rivaux. Parmi eux, les clubs londoniens tels que Chelsea, Tottenham, West Ham, Milwall ou encore Arsenal. Des chants discriminatoires contre des joueurs de couleur sont relevés durant cette période, liant hooliganisme et racisme. Mais l’un des évènements les plus marquants reste à ce jour le drame du Heysel, le 29 mai 1985. Des affrontements ont lieu entre supporters de Liverpool et de la Juventus lors de la finale de la Coupe d’Europe des Clubs Champions. Résultat, les grilles de séparations entre les deux camps cèdent, faisant 39 morts et plus de 454 blessés. Après ce drame, l’UEFA va prendre un nombre important de mesures pour lutter contre ces comportements. Parmi elles, l’interdiction de participation aux Coupes d’Europe pour tous les clubs anglais pendant trois (puis finalement cinq ans suite à d’autres incidents). Le club de Liverpool est privé de coupe européenne pendant 10 ans (peine réduit à six) et les places assises deviennent obligatoires dans les stades. Ce n’est qu’après la tragédie d’Hillsborough en 1989 que des mesures de sécurité sont prises dans les stades anglais pour lutter contre des débordements. En France, c’est le drame de Furiani en 1992 qui pousse l’UEFA à préciser des obligations quant au nombre maximum de supporters dans une tribune. Pour rappel, l’effondrement de la tribune Armand-Cesari lors de la demi-finale de Coupe de France opposant le SC Bastia à l’Olympique de Marseille fera 18 morts et plus de 2300 blessés.

Des mesures drastiques pour lutter contre les violences

Il est impossible de lister tous les incidents survenus en Angleterre tellement la liste est longue. En revanche, ces derniers ont poussé les instances du football britannique à prendre des mesures supplémentaires. Dans les années 1990, des emplacements réservés aux familles sont créés et des caméras de surveillance à l’intérieur de stades sont mises en place. La consommation d’alcool à l’intérieur des enceintes est également interdite. Enfin, une grande partie des fauteurs de trouble se voient confisquer leur passeport, réduisant ainsi le nombre d’incidents. Parallèlement, les pouvoirs juridiques de la Police sont renforcés. Ils ont désormais le droit de s’infiltrer et de mettre sur écoute certains groupes de hooligans grâce à une unité spéciale. Mais la venue de plusieurs milliers de hooligans sans tickets lors d’une rencontre de Coupe d’Europe entre les Pays-Bas et la Belgique en 2000 rappelle que les problèmes n’ont pas totalement disparus. C’est la raison pour laquelle les lois ont été durcies, avec notamment l’interdiction de stade à vie pour les cas les plus graves. Les clubs aussi ont effectués leur part du travail. Ils ont été amenés à sensibiliser les supporters, contribuant ainsi à la lutte contre le hooliganisme. Ces clubs ont également augmenté le prix des places, éloignant les plus jeunes et les plus modestes, considérés comme les plus dangereux. En guise d’exemple, le prix des billets les moins chers s’élèvent à 70€ contre 35€ ou même 21€ en Espagne et en France.

Aujourd’hui, ces violences ont évolué. Tout d’abord grâce ou à cause de la politique des gouvernements successifs, rendant les stades et leurs alentours bien plus sécurisés qu’auparavant. Les violences lors de compétitions sont devenues rares en Europe, comme les envahissements de terrains ou les violences entre des équipes rivales. Mais ce sont celles envers les joueurs ou les dirigeants de club qui ont considérablement augmenté. Enfin, les personnes visées ne sont plus les mêmes. Désormais, ce sont les forces de sécurité qui entourent les groupes de supporters qui sont au centre de l’attention.

Des acteurs à ne pas confondre

Il existe deux types de supporters dit ‘’radicaux’’. Les Hooligans, mais également les ultras. Nicolas Hourcade le dit très bien dans son ouvrage : « Hooliganisme : un phénomène pluriel » aux éditions Colin. « Ils se différencient par leurs modes d’organisation, leur relation au football et leur rapport à la violence. Les hooligans sont avant tout préoccupés par la recherche de la confrontation violente avec leurs homologues adverses ou avec les forces de l’ordre. Ils s’investissent peu dans l’ambiance au stade et la vie au club. Au contraire, ceux qui se présentent comme ultras s’impliquent dans le soutien du club et expriment leur avis critique sur les transformations de leur club et du football. Tandis que les hooligans forment des bandent informelles et secrètes, les ultras se structurent en associations dont les membres paient une cotisation et les porte-paroles dialoguent avec les dirigeants du football et interviennent dans les médias. » Deux types de supporters qui ont trop longtemps été mélangés et confondus. Ce sont deux fonctionnements distincts bien que la frontière entre les deux mondes soit parfois ténue. Certains passent parfois d’un camp à l’autre ou s’allient même pour des actions communes.Aujourd’hui, le hooliganisme a reculé face à l’évolution du football, de la société mais aussi des différentes mesures prises par les clubs et les gouvernements mondiaux. Cependant, il faut garder à l’esprit que ce phénomène n’a pas disparu et demeure bien présent dans de nombreux pays.

Créé par Yannis Dakik, Sylvain Falcoz, Edward Van de Vyvere, Valentin Basso, Manuel Delavalle

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