Loi sur la prostitution : « Nos enfants ne grandiront pas dans la même société »

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Majoritairement étrangères, cette loi pourrait aider les prostituées à Nice. (Crédit : letelegramme.fr)

Ce mercredi 6 avril à 14h devrait être adopté définitivement la loi sur la prostitution, après deux ans de débats parlementaires. Une loi qui devrait épauler les prostituées, notamment à Nice. Rencontre avec ceux qui les aident au quotidien.

« À Nice, 95% d’entre elles sont étrangères », témoigne Kévin Nakache, trésorier de la délégation locale du Nid, un « mouvement pour abolir le système prostituteur. » À l’origine de certaines propositions intégrées dans la loi, ce mouvement agit aussi localement en allant à la rencontre de ces femmes. « Depuis 2 ans, toutes les deux semaines, on fait des équipes de 2 personnes et nous partons entre 22 et 23 heures dans les quartiers Gambetta, la Californie ou la Promenade des Anglais. » Une fois, ils ne s’y sont pas rendu. Kévin se souvient qu’elles avaient réagi : « Pourquoi n’étiez-vous pas là ? Ça fait du bien de pouvoir discuter tranquillement ».

Il témoigne de l’enfermement : selon lui, les prostituées restent entre elles, ont des relations avec les proxénètes ou les clients, mais sont très marginalisées pour le reste. Les passants les ignore. L’une d’entre elles avait confié que si on la tapait dans la rue, personne ne régissait ; ajoutant que l’indifférence était moins omniprésente en Italie, par exemple.

Sur le terrain, Élodie Félissier, déléguée locale du Mouvement du Nid, a dénoté plusieurs réseaux de proxénètes : un Hongrois, démantelé il y a peu de temps, un d’Europe de l’Est, dont font partie de nombreuses roumaines. Et surtout un réseau africain, dont font partie de nombreuses niégérianes. « Il y en a énormément ! », confirme Élisabeth Marque, membre de l’association la CIMAD. « Des jeunes femmes nigérianes nous demandent l’asile, mais elles n’arrivent pas à l’obtenir, parce qu’elles ne peuvent pas dire qu’elles sont dans un réseau de prostitution. Donc elles inventent des histoires, qui ne sont pas crédibles. »

Une loi qui pourrait changer la donne

Pour le moment, la loi stipule que pour obtenir un accompagnement et un droit d’asile, les prostitué(e)s doivent donner des informations sur leur proxénète, explique Kévin. « Souvent, celles qui sont étrangères ne font même pas la démarche, parce qu’elles pensent qu’elles n’ont droit à rien. C’est ce que les réseaux leur disent. » Pour Élodie, « cette loi va nous aider à les aider. »

Effectivement, si la loi prostitution était définitivement adoptée cette après-midi, elle permettrait d’obtenir un titre de séjour d’au moins six mois, « sans condition de dénonciation des exploiteurs. »

Les prostituées pourraient également bénéficier, sans conditions, de mesures de prévention et d’accompagnement. Un fonds public y sera dédié à hauteur de 4,8 millions d’euros.

De plus, les dispositions supprimant le délit de prostitution et incluant la pénalisation des clients renverse les rapports de force. « Pour les liaisons sans préservatif, elles n’ont pas vraiment le choix. Une fois, l’une d’entre elle m’a raconté qu’elle était allé au commissariat parce qu’elle avait été violée. Le policier lui a répondu qu’il ne savait pas quoi lui dire, que c’était son métier… » Pour Kévin, cette loi pourrait permettre de donner des droits à ces femmes, soulignant que, « à l’heure actuelle, le client fait ce qu’il veut, dans la mesure où la prostituée est majeure. Mais dans les faits, ils ne sont pas pénalisés non plus. » Apparemment, elles sont entre 100 et 150 à Nice et plusieurs d’entre elles seraient encore mineurs, entre 15 et 18 ans.

Mise au point des évolutions législatives

Difficile de suivre l’évolution des lois régissant la prostitution, ou même de savoir ce qui est illégal, de ce qui ne l’est pas. Éclairez vous lanternes avec une frise chronologique interactive.

Morgane Tymen