L’euthanasie : un débat à double tranchant

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Le débat sur la fin de vie est relancé. Le rapport Sicard, remis récemment au président de la République, envisage la légalisation du suicide assisté. Des infirmières azuréennes donnent leur avis.

« Je comprends leur désir de mort ». Mylène Lorenzi, infirmière diplômée d’État ayant travaillé 15 ans aux urgences, est favorable à la légalisation de l’euthanasie. Un acte difficile dont il faut comprendre la responsabilité. « Si un patient n’a plus qu’un mois à vivre et qu’il souffre, il faut qu’il puisse s’éteindre dans la dignité. La souffrance physique irréversible est une chose, le désarroi mental en est une autre. Le mal-être est toujours réversible. Il faut donc être très prudent », analyse t-elle. Pour Mylène Lorenzi, les frontières sont minces et il faut baliser le terrain. Rendre la loi extrêmement restrictive est une priorité. Forte de son expérience, elle affirme qu’« il faut systématiquement une discussion triangulaire entre le patient, si il a toujours la capacité de s’exprimer, la famille et le corps médical. Il faut que ce soit une décision collégiale pour diminuer la subjectivité de la décision ».

En France, l’euthanasie passive est tolérée. C’est un moyen de « laisser mourir » la personne, sans donner intentionnellement la mort à un patient.

L’euthanasie active est déjà pratiquée en France

L’infirmière azuréenne confie que, dans les faits, l’euthanasie active a toujours existé. «  J’ai dû, à deux reprises, abréger les souffrances de patients suite à la décision d’un médecin. La première, c’est une grand-mère de 101 ans. C’est la famille qui a pris la décision, ne supportant plus de la voir dans un état dégradant. Le médecin m’a prescrit des piqûres de tranxène et de morphine. Il est vite parti sans aborder le sujet. Lorsque j’ai fait les injections, je savais très bien ce que je faisais. Dans le métier, c’est un vrai secret de polichinelle ».

Le but de ces injections est d’empêcher le malade de souffrir, « c’est une sorte d’endormissement, le patient part très apaisé ».

Mylène Lorenzi confie : « Je n’entrerai jamais dans un service où on parle de suicide assisté. J’accepte l’euthanasie en cas de souffrances extrêmes ». Elle a d’ailleurs refusé, à plusieurs reprises, les demandes d’une patiente qui désirait mourir. Pour elle, sa patiente n’était pas en grande détresse physique. Un matin, la professionnelle de santé a retrouvé la personne, âgée de 95 ans, morte. Un sac plastique noué autour du cou, la vieille dame s’est suicidée seule, faute de ne pas pouvoir être « légalement accompagnée ».

Natacha Delain, infirmière à domicile à Nice, est contre l’acharnement thérapeutique.  Il faut que les mentalités évoluent : « Pour les médecins, la mort est tabou. Elle est synonyme d’échec ». Elle relativise tout de même. « On ne peut pas voler la mort de quelqu’un. Ça peut paraître horrible de dire ça mais certaines personnes ont besoin de souffrir pour abandonner tout ce qui est matériel et revenir à l’essentiel pour enfin partir en paix, en accord avec eux-mêmes et surtout avec leur famille et ceux qui restent ».

Des dérives possibles

L’infirmière niçoise parle de dérives graves que peut engendrer la légalisation du suicide assisté : « Il y a déjà des dysfonctionnements. Il y a peu de temps, je m’occupais d’une patiente atteinte d’un cancer au pancréas. Elle souffrait mais elle voulait et pouvait tenir pour voir ses fils une dernière fois avant de partir. Peu de jours avant leur arrivée, l’hôpital avait besoin d’un lit. Ils ont accéléré la mort de la patiente ».

Elle indique qu’elle entend très souvent des personnes déclarer qu’elles veulent mourir. Des paroles à ne surtout pas prendre au premier degré. « Ce sont des appels à l’aide, il faut les décoder et les interpréter, surtout que le moral peut changer d’un jour à l’autre ».

 

Martin Alargent