Des prostituées jugent la loi

0
191

Les députés relancent ce mardi le débat sur la prostitution. Pénaliser le client, abolir la prostitution, telles seront les deux questions posées à l’Assemblée Nationale. À Nice, où la prostitution reste un cheval de bataille du procureur Éric de Montgolfier, les praticiennes du plus vieux métier du monde voient d’un mauvais œil cette nouvelle attaque sur leur gagne-pain.

Nina*, Niçoise de 33 ans, se prostitue depuis ses 18 ans. De l’Avenue de la Californie au Boulevard Victor Hugo, les rues de Nice n’ont pas de secret pour elle. Même métier mais autre façon de travailler pour Hélène*, escorte-girl, prostituée de luxe. Sa rue : le web. Deux manières différentes de pratiquer un même métier. Deux points de vue différents, mais qui se rejoignent, sur la proposition de loi étudiée aujourd’hui à l’Assemblée nationale : pénaliser les clients des prostituées.

« Qu’est-ce que cela va changer ? Rien du tout »

Quand on parle à Nina du projet de pénaliser les clients, elle éclate de rire. « Mais qu’est-ce que cela va changer ? Rien du tout ! Il y a les gens qui ont les moyens de se payer des escortes ce n’est pas eux qu’on va chercher. On tape juste sur le petit peuple. » La mesure ne touche pas directement Hélène mais elle ne la trouve pas moins juste. « C’est vrai que ce ne sont pas mes clients qui sont concernés, plutôt ceux qui vont dans la rue. Je suis pour le démantèlement des réseaux mais de cette façon on n’arrivera à rien. »

L’excuse de protéger les filles, prisonnière de ce métier ne tient pas debout pour Nina. « Je fais ce métier par choix. Je gère moi-même mon business et pour rien au monde je ne changerais de métier. » Pour Hélène, le problème est plus grave. « On va priver les filles qui veulent travailler de leurs ressources et laisser celles qui ne le veulent pas dans la merde. »

Les clients pris pour cibles mais pas les proxénètes

Quand on lui parle de réseaux esclavagistes, Nina s’emballe. « Bien sûr qu’il y a des filles qui ne sont pas là par choix. Mais j’aimerai qu’on m’explique ce que cette putain de loi va changer dans nos vies ? Si un client prend une amende on va arrêter par la même occasion ces salauds de proxos ? Non, ceux-là continueront de courir.» Hélène elle, rencontre ses clients sur internet mais avant ça, elle était dans la rue. « J’ai bien vu comme la police agissait, pour interpeller les clients il y a du monde. Mais après plus rien. Et si cette mesure est adoptée on en reviendra au même point ».

400 prostituées à Nice selon les autorités, plus de 700 selon les associations

Le débat a été lancé ce mardi à l’Assemblée Nationale par Danielle Bousquet députée PS et Guy Geoffroy, député UMP. Ils proposent conjointement une résolution pénalisant les clients de six mois de prison et de 3.000 € d’amende, en inscrivant ce délit au code pénal. Le but avoué des deux députés : « battre en brèche l’idée que le plus vieux métier du monde est une fatalité et que ces personnes font ce travail par choix ».

La prostitution à Nice est depuis longtemps implantée dans le décor. Les origines varient, les françaises se sont effacées au profit des Russes dans les années 90. Maintenant les Bulgares et les Nigérianes ont pris leurs places. Les prostituées Niçoises seraient 400 selon la préfecture, plus de 700 selon les associations de défense des prostituées.

Simon Gourru.

*Pour respecter l’anonymat des personnes interrogées les prénoms ont été changés.