Les kiosques, « un véritable point de rencontre »

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Dernier rempart dans le monde de la presse, le métier de kiosquier est souvent méconnu. Portrait de Claudio Cudia, gérant d’un kiosque près de Nice Etoile.

Il fait partie de ces hommes de l’hombre. L’âme de la presse qui se perd au fil des mois et des années. Pourtant à 47 ans, la flamme continue de brûler au milieu de toutes ses lettres pour Claudio Cudia. Souvent dévalorisé, le métier de kiosquier est un travail complet où « curiosité, rigueur, relationnel et gestion » sont les mots d’ordre. Six jours sur sept, de 7 heures à 19 heures, cet Italien d’origine gère son commerce avec bonheur et dynamisme: « Il faut aimer les gens et mettre du cœur chaque jour ». Si tout n’est pas toujours facile, rien ne le ferait changer de métier. Lui, ancien restaurateur, serveur ou commercial a trouvé sa voix au carrefour de l’avenue Jean Médecin et du boulevard Dubouchage.

Derrière son comptoir où sucettes, briquets et pièces de monnaie traînent, il reste là, toujours souriant. Son physique et sa voix grave en imposent. Sa joie de vivre est communicative: « J’ai tellement appris de mes clients, de la population. On rencontre chaque classe sociale et on discute de tout et de rien ». Ce relationnel semble une priorité pour celui qui a repris le kiosque en 2008. Six ans plus tard, il avoue être un privilégié: « Le métier évolue selon le quartier et l’emplacement. J’ai de la chance d’être ici dans un lieu à fort passage ». Avec environ 250.000€ de chiffre d’affaires annuel, Claudio mène sa vie comme il l’entend, loin des idées reçues: « C’est beaucoup plus enrichissant de travailler ici, dans la rue, que dans un bureau mais le plus dur est d’affronter la connerie de certains qui nous considèrent souvent comme limités intellectuellement et financièrement ». Or, il n’en est rien. Avec un salaire à en faire jalouser certains, Claudio avoue humblement pouvoir « se faire plaisir ». Aux côtés de son fils, Sylvain, qui l’aide régulièrement, il parle, rigole, chambre et séduit aisément les jeunes femmes. Ca en devient presque un jeu mais le sérieux est toujours au rendez-vous: « Il faut savoir décompresser mais ça n’empêche en rien de gérer sa devanture, les magazines exposés ou la venue des clients ».

Si l’avenir de la presse s’écrit en pointillé, Claudio s’interroge mais reste confiant. Celui qui se définit comme « chaleureux et psychologue » n’envisage pas autre chose. Son seul désir serait de revaloriser son métier, souvent méconnu et dénigré. Un métier qu’il considère comme un « véritable point de rencontre ».

Claire Gaveau