Le rugby est-il devenu trop violent ?

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Paul Delpuech joueur du Stade niçois contre Marseille. Match de Fédéral 3.

De nombreux blessés en H Cup ce week-end, le coup de Chabal en Pro D2, et une question : le rugby vire-t-il au sport de combat ? La violence dans le rugby est ciblée par les spectateurs, mais les spécialistes parlent de l’évolution du sport. 

« Ce rugby me fait peur. Nous sommes à un point limite de dangerosité » a déclaré Pierre Albaladejo, ancien joueur du XV de France. Il aura suffit d’un (violent) coup de poing de Chabal sur Marc Giraud pour relancer la question sur la violence dans le rugby. De plus en plus populaire, le sport au ballon ovale se doit d’être irréprochable. Mais le jeu a évolué en même temps que la popularité. Aujourd’hui contacts, engagement, et impact physique sont les maîtres mots du rugby.

Le physique privilégié

Les clubs de rugby, notamment en Top 14, forgent alors leurs équipes sur une seule caractéristique : le physique. A l’image du RC Toulon ou Castres Olympique qui recrutent des joueurs fidèles au club. Ces joueurs ne sont – pour la plupart – pas internationaux. Sans sélection, moins de match à jouer, et donc plus de résistance physique. Avec plus

La blessure de l’ailier anglais Richard Haughton, pendant Perpignan / Munster. 15 points de suture… (USAP 17 – 18 Munster – 16/12/13)

de physique l’engagement devient forcément plus important. Parfois trop… La blessure de Richard Haughton (USAP), après un coup de pied involontaire d’un coéquipier, face au Munster en H Cup en témoigne.

« Entre les blessures au ligament du genou, à l’épaule, ou plus grave les fractures du plancher orbital, ou de la mâchoire, c’est sur que le rugby parait violent ! » confirme Paul Delpuech, demi d’ouverture au Stade Niçois (fédérale 3). Pourtant, pour lui le rugby s’est transformé mais « il n’est pas plus dangereux, mais plus  physique, c’est certain. » Cette exigence physique est la principale cause des blessures pour les rugbymen professionnels. En novembre lors d’un test match face aux Fidji, l’Italien Luca Morisi (22 ans) subit un tampon d’un adversaire. Sorti sur civière il doit se faire retirer la rate à cause du choc. Un triste exemple, loin d’être isolé.

Différent chez les amateurs

Si les professionnels font face à des blessures liées à l’engagement, le problème est tout autre chez les amateurs. Les exigences physiques sont les mêmes, mais les coups sont variés à l’étage inférieur. « En pro les problèmes sont souvent des commotions cérébrales liées aux chocs. En amateur c’est de la violence » souligne Paul Delpuech.  De la violence volontaire ? « Des coups par derrière, des plaquages irréguliers » précise le demi d’ouverture. Lui qui a joué à Aurillac et Aix-en-Provence retrouve particulièrement cette violence depuis qu’il évolue dans le sud-est.

Alors le geste de Chabal face à Agen, reste anodin car « il y a des gestes comme celui-là tous les week-ends (…) c’est dommage de s’acharner sur lui alors que c’était un geste d’énervement » pour Paul Delpuech. C’est pourtant cette violence volontaire qui doit être bannie de l’ovalie.

Pierre Caron