Le « retour » à Nice de Montgolfier

0
72

Ancien procureur général de Nice, Eric de Montgolfier revient sur la Côte d’Azur dans le cadre du forum de Marianne « Ethique et Argent ». Il a une vision sans concession, amère même, du monde politique.

«Je ne suis pas niçois, je tiens à le dire ». Le décor est planté. La ville de Nice ne lui laisse pas que de bons souvenirs. Une déclaration qui fait rire jaune les habitants présents lors du débat sur « la corruption, premier budget mondial ? » organisé par Marianne.

Les regrets, les vieilles affaires reviennent vite à la surface pour Eric de Montgolfier. Pas le choix. Procureur en poste dans cette ville pendant treize ans, ça ne s’oublie pas. Les pratiques politiques locales lui restent en travers de la gorge, en particulier le partage, explique-t-il, du pouvoir entre Christian Estrosi et Eric Ciotti, son ancien fidèle second qui a hérité du Conseil général des Alpes-Maritimes.

L’affaire Tapie en 1993 ça vous parle ? Lui, la connaît, mieux que quiconque. Il est le « tombeur » de Tapie dans l’affaire VA-OM. Le retour de l’homme d’affaires dans le Sud avec le rachat de groupe Nice-Matin – La Provence, il ne le voit pas d’un très bon œil : « Il a peut-être été touché par la grâce », ironise même Eric de Montgolfier. S’il avait été encore en poste dans la capitale azuréenne, le magistrat l’aurait « surveillé » de près, assure-t-il.

Montgolfier serait-il homme à vivre dans le passé, obsédé par ces vieux dossiers ? Actuellement procureur de la république de Bourges, sa situation semble lui convenir. La rumeur du moment l’envoie pourtant du côté de la mairie de Montluçon, ville où il a passé une partie de son adolescence.

Un avenir qui ne semble pas le tenter : « La politique ? Tout ce que je déteste » ! Pas de langue de bois, il assume : « On ne vit pas que de la politique. Personnellement, je vis très bien avec la justice, même si les habitants de Montluçon m’ont fait des propositions ». Seule la promesse de François Hollande sur le cumul des mandats pourrait modifier ses idées.

Une question déterminante selon lui qui ferait du président le « sauveur » – rien de moins – de la France. Mais un vieux sage ne se fait pas berner aussi facilement. Lucide, Eric de Montgolfier sait à quel point cette mesure est vivement contestée. La politique n’est décidément pas pour lui.

Claire Gaveau et Aurélien Tardieu

Crédit photo  : BEBERT BRUNO/SIPA