Le muguet niçois, une culture en voie de disparition

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Humbert Avagnina, dernier cultivateur de muguet à Nice, vend ses plantes depuis 1980 sur le cours Salaya

Mauvais temps, muguet industriel, importations… A cause des aléas de la nature et des concurrents, les cloches blanches cultivées par Humbert Avagnina ne seront pas rentables cette année. A terme, cet horticulteur niçois craint la disparition de sa culture. 

Chaque année, entre 2 000 et 2 500 plants de muguets fleurissent dans le quartier Sainte- Marguerite, à Nice-Ouest. Une culture rare dans la région et dans la capitale azuréenne. L’entretien dispensé par Humbert Avagnina à ses plantes n’a pourtant pas suffit cette année. La pluie, le vent et les coups de chaleur lui ont fait perdre 10% de sa production, contre seulement 2% en 2012.

Une concurrence difficile à gérer

Le stand d’Humbert Avagnina tente de survivre aux industriels. Baisse des prix du muguet, pancarte indiquant leur fabrication maison, conseils personnalisés… Tous les moyens sont mis en oeuvre pour contrer la concurrence qui s’agglutine sur le marché aux fleurs du cours Salaya. Cette volonté de s’aligner sur les marchands voisins lui fait perdre de l’argent. « Depuis le début des ventes du muguet, le 27 avril dernier, je pense avoir un déficit de 20% comparé à l’année passée » explique Humbert Avagnina. Pourtant la culture du muguet de ce Niçois n’a rien à voir avec les importations des industriels. « Dans mes pots, je fais un mélange d’engrais et de sable, je coupe régulièrement les racines du muguet et je ne le mets surtout pas au frigo. Je préfère cultiver 100m2 comme il faut que 1000m2 n’importe comment. »

Le muguet niçois, une plante d’exception

Nombreux sont les Niçois à venir acheter leurs fleurs chez cet horticulteur. Marie-Christine, vient chaque jour, depuis 30 ans, se balader entre les allées du marché aux fleurs. « Le muguet cultivé à Nice est magnifique. Il embaume davantage que les plantes de grandes surfaces. Il sent vraiment le muguet et non l’artificiel. » Pour ce muguet 100% nissart, les clients seraient prêts à mettre le prix. « Payer plus pour une production locale ne me dérange pas. Il faut bien faire vivre nos cultivateurs » réagit Colette.

Si le muguet niçois a ses amateurs, Humbert Avagnina redoute l’avenir : « Mon fils fait des études de psychologie, je ne pense pas qu’il voudra reprendre l’exploitation. La vendre ? Personne n’achètera, ce n’est pas assez rentable.» Un amer constat pour cet homme qui a voué sa vie à redonner de l’âme au muguet niçois.

Le muguet : une tradition ancestrale

La tradition du muguet remonte à la Renaissance. Le 1er mai 1561, le roi Charles IX décida, après avoir reçu à cette date un brin de muguet, d’en offrir chaque année aux dames de la cours en guise de porte-bonheur. La tradition se poursuit au début du siècle, à Paris. Les couturiers en offrent trois brins aux ouvrières et petites mains. Il faut attendre 1976 pour que le muguet soit associé à la fête du travail. Ces petites cloches blanches remplacent alors l’églantine et le triangle rouge sur la boutonnière des manifestants. Depuis ce jour, le muguet, aussi appelé Lis des vallées, s’offre aux personnes que l’on aime. Associé au bonheur, cette plante, symbole emblématique du printemps, est censée apporter chance et joie jusqu’à l’année d’après.

Sources : Rue 89, la Dépêche, l’Internaute  

Le muguet en chiffres

En 2012 :

  • 25,5 millions d’euros ont été dépensés pour l’achat du muguet le 1er mai,
  • 16 millions d’euros de pots ont été vendus contre 9,5 millions de brins,
  • le fleuriste reste le principal lieu d’achat (près de 41%), suivi par les grandes surfaces et les horticulteurs,
  • les ventes de muguet ont atteint 35,9 millions sur l’ensemble de l’année.Sources : France 3 Alpes

    Elsa Gabbi & Amandine Zirah