La pilule en libre-service pour les mineures

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Jusque-là la pilule était remboursée à hauteur de 65% pour les mineures.

Les mineures y ont enfin droit. Le gouvernement a instauré la gratuité de la pilule ainsi que de l’avortement pour les 15-18 ans depuis dimanche dernier. A Nice, les professionnels de la santé plébiscitent cette initiative mais rappellent les dangers de la banalisation de la contraception.

La pilule pour tous ? C’était une des promesses de François Hollande et il semble l’avoir tenue. Depuis 4 jours, les jeunes filles peuvent se rendre en pharmacie et demander à ce que leur contraceptif soit remboursé intégralement par la Sécurité Sociale. Cela concerne les pilules de première et de deuxième génération ainsi que les stérilets et les implants hormonaux. « C’est une bonne nouvelle car la démocratisation de la contraception chez les mineures va leur permettre de gérer plus efficacement leur sexualité » affirme la responsable de la Pharmacie de la Gare, à Nice. « Cela empêchera l’intrusion des parents dans la vie privée de leur fille ». Mais elle nuance son propos : « Il faut instaurer un système similaire à celui utilisé pour la pilule du lendemain. C’est-à-dire un remboursement qui ne nécessite pas la carte vitale, pour protéger l’anonymat des jeunes filles ».

Les principales intéressées semblent plus mitigées. « C’est une fausse bonne idée » s’exclame Tegwendé, 17 ans. Elle craint les dérives qui peuvent découler de cette nouvelle loi. « Cela pourrait exacerber le comportement sexuel de certaines jeunes filles et ainsi augmenter le risque de maladies sexuellement transmissibles ». Elle remet également en cause le remboursement intégral de l’IVG (Interruption Volontaire de Grossesse). « En tant que catholique pratiquante, je refuse que l’on ôte la vie à un être humain. De plus, l’avortement peut provoquer des séquelles irréversibles sur le corps de la femme comme la stérilité ». Un avis mitigé en somme.

Un choix limité ?

Toutes les contraceptions n’ont pas droit à ce régime de faveur. Les patchs contraceptifs, les anneaux vaginaux, et les préservatifs ne sont pas concernés par cette nouvelle mesure. Quant aux pilules de troisième et quatrième génération, le ministère de la Santé a décidé d’anticiper leur futur déremboursement. Elles sont soupçonnées de provoquer des thromboses veineuses chez leurs utilisatrices. Cela risque donc de limiter le choix des jeunes filles.

 » Ça ne va rien changer ! « 

Du côté des plannings familiaux, on ne considère pas la gratuité de la pilule pour les 15-18 ans comme un progrès. « Ça ne va rien changer » dénonce une infirmière du centre Riquier. « Les plannings familiaux délivrent la pilule de manière gratuite et anonyme depuis des années. Cette loi concerne donc davantage l’aspect économique de la contraception. Ce ne sont pas vraiment les jeunes femmes qui sont ciblées mais la Sécurité Sociale. Nous militons pour le bien-être des jeunes femmes qui ont droit à une sexualité épanouie, quel que soit leur âge ». Selon elle, l’Etat est à la traîne dans ce domaine et ne tente que tardivement de rattraper son retard. « Il y a encore d’énormes progrès à faire. L’émancipation des mineures dépend de la volonté du gouvernement ».

Josepha Toquereau-Dekarz 

Christophe Öttl