La mode islamique : un vrai marché derrière un faux débat

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POLEMIQUE Les grandes enseignes de vêtements se lancent dans la mode islamique

Dolce&Gabbana, Uniqlo, H&M ou encore Marks and Spencer, la liste des marques qui se lancent sur le marché de la mode islamique s’allonge. En France, ces derniers jours ont été marqués par un débat après les déclarations de la Ministre des Droits des femmes, Laurence Rossignol qui a affirmé trouver « irresponsable » cette nouvelle commercialisation. Jusqu’à présent, le marketing ne s’adressait aux musulmans que pour vendre des produits alimentaires comme l’arrivée du « Hallal » dans les grandes surfaces. Mais aujourd’hui la mode n’a pas dit son dernier mot et devient un secteur prometteur. Selon le rapport Global Islamic Economy, la communauté musulmane mondiale aurait dépensé 266 milliards de dollars en vêtements et chaussures en 2014. Pour Fadila Hellal, responsable du magasin de prêt-à-porter islamique depuis quinze ans à Nice, ce nouveau marché ne l’a fait pas vraiment sourire. « Que les gens fassent des polémiques, je m’en contre-fou, dès qu’on parle de religion, il y a toujours des débats. Ce qui me gène c’est que ces enseignes ne font ça que pour l’argent et se fichent de la religion ». Elle dénonce à plusieurs reprises, une hypocrisie de la part de ces enseignes. « Ce qui me fait rire, c’est qu’ils vendent des vêtements pour les musulmanes, mais refusent toujours d’embaucher des femmes voilées pour travailler dans leur magasin. » Si la mode islamique semble n’être qu’une tactique commerciale pour Fadila Hellal, en revanche pour Sofia, musulmane de vingt-trois ans, cette nouvelle mode est une avancée démocratique. « On fait des polémiques pour rien du tout ! A ce que je sache, porter le voile n’est pas contagieux, chacun est libre de s’habiller comme il veut. Je suis très contente de pouvoir enfin faire les magasins dans les mêmes boutiques que mes amies ».

La ministre des Droits des femmes craint aujourd’hui que ces marques banalisent le voile musulman et, de ce fait, incitent les musulmanes à le porter par « mimétisme ou conformisme ». Un avis qui est partagé par Hélène Maureau, présidente du CIDFF Var (Centre d’information sur les droits des femmes et des familles). « Les femmes se sont longtemps battues en France pour avoir des droits. Les jupes, les robes, les talons, les cheveux aux vents sont des signes distinctifs de notre liberté. Je trouve ça triste de voir des femmes se cacher derrière leur vêtement et c’est valable pour toutes les religions et coutumes. » La présidente considère même que beaucoup de françaises partagent son point de vue, mais qu’elles n’osent pas le dire par peur d’être accusées d’islamophobie.

Ambre Caudrelier

                      Crédit Photo : Dolce&Gabbana