La droite et la nostalgie Sarkozy

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C’est comme une chanson populaire. La question du retour de Sarkozy, elle s’en va et elle revient. Surtout, lorsqu’un récent sondage annonce que 75% des sympathisants UMP seraient favorables à sa réapparition sur la scène politique. Yade (UDI), Boutin (PCD) et Leonetti (UMP), de passage à Nice, dans le cadre de l’assemblée Marianne, comprennent cette nostalgie. Mais saisissent-ils que c’est elle qui empêche la droite d’aller de l’avant ?

« Plus les responsables actuels de l’UMP seront mauvais, plus ce sera bon pour Sarko. De toute façon, le centre et la droite sont incapables de construire un projet commun pour l’instant. »Rama Yade, ancienne secrétaire d’État aux Sports de Nicolas Sarkozy, donne le ton. Maintenant à l’UDI avec Jean-Louis Borloo, elle se lasse, peut-être, d’avoir un président de parti qui ne s’engage sur rien et se défile sur tout. Alors elle semble comprendre ces sympathisants UMPsondés par BVA qui, à hauteur de 75%, espère le retour en politique de l’ex-président de la République.

Christine Boutin, ministre du Logement et de la Ville de l’ancien chef d’Etat, partage peu ou prou l’analyse de son ancienne camarade de gouvernement : « La droite manque de leaders », explique-t-elle. Ce serait donc tout « bénéf » pour le retraité de l’Elysée. Et à l’en croire il n’y a pas que les sondeurs pour entretenir la nostalgie Sarkozy : « J’ai entendu des indiscrétions qui laissaient entendre qu’il allait annoncer son retour hier soir (vendredi 15 février, ndlr) ! »

Un chiffre calme, cependant, les ardeurs des responsables de droite réunis à Nice dans le cadre de l’Assemblée Marianne : 62%. Selon la même enquête d’opinion, près des deux-tiers des sondés, toute appartenance politique confondue, sont contre le retour du président « bling-bling ». « C’est la confirmation du désamour qui a fait son échec le 6 mai. Pour moi, Sarkozy est un génie, avec toutes ses caractéristiques : il est formidable comme il peut être insupportable », réplique Christine Boutin.

Pour Jean Leonetti, vice-président de l’UMP, la faute n’incombe pas à Sarkozy lui-même : « Il y a eu une campagne personnelle contre lui qui laisse encore des traces ». Mais pour le député-maire d’Antibes, son retour n’est pas la priorité. Qu’importe l’avis des sympathisants sondés par BVA : « Ce n’est pas la question aujourd’hui, tempère-t-il, Nous devons former une opposition et formuler des propositions ». Ce que les responsables de l’UMP ont oublié de faire, trop occupés qu’ils étaient à se taper dessus…

Reste une question. Si Nicolas Sarkzoy revenait vraiment, serait-il encore capable, lui le transgresseur et le cliveur, de surprendre les Français ? « Bien sûr ! Sarkozy reste Sarkozy », sourit Rama Yade. Même son de cloche du côté de Jean Leonetti : « Son slogan de 2007 disait :“Ensemble, tout devient possible”. Je crois qu’il reste d’actualité ! »

À droite, on semble donc vouloir avancer, en continuant à regarder en arrière. On voudrait pour ainsi dire se projeter vers l’avenir sans faire son droit d’inventaire, tourner en somme la page tout en laissant un marque-page sur celle de Sarkozy. Au cas où… Pas sûr que ce soit la plus efficace des stratégies.

Thimoté Garcin

Crédit photo : MYSTY/SIPA