La concurrence de l’Est accable les routiers

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L’écotaxe est le coup de trop. Les transporteurs routiers souffraient déjà  de la concurrence déloyale et, certaines fois, illégale des pays de l’Est.

Les routiers sont pris à la gorge par leurs concurrents de l’Est. Depuis  janvier 2012, les transporteurs roumains et bulgares  peuvent effectuer des trajets entre deux points de l’hexagone. Selon la FNTR, plus de 40% des camions, tous trafics confondus, circulant sur le territoire français sont étrangers. Moins chers, ils sont donc plus compétitifs par rapport aux  Français.

Ce dumping social entre pays européens, le cabotage, s’exerce de plusieurs manières.

Premièrement, les entreprises françaises peuvent faire directement appel à des filiales ou un prestataire d’Europe de l’Est. « Le prix minimum pour qu’un transporteur s’en sorte, en France, est de faire payer 1,20 € le kilomètre, les pays de l’Est travaillent pour 80 centimes le kilomètre. On ne peut pas baisser nos prix, avec toutes les taxes à payer  on roulerait à perte, et à la fin du mois on ne gagnerait  rien. C’est impossible de travailler avec une concurrence comme ça, se désole Jean-Michel Gongora*, routier depuis 25 ans. Aussi beaucoup de grosses sociétés de transport français commencent à s’implanter dans les pays de l’Est, comme Norbert Dentressangle, ce qui ne laisse aucune chance aux petits transporteurs. »

Deuxièmement, certains transporteurs français embauchent des conducteurs étrangers à des salaires et taux horaires transgressant les limites que prévoit le droit du travail. Une pratique illégale mais qui a prospéré ces deux dernières années. « Le cabotage fixe une durée de travail maximum des transporteurs étrangers sur le sol français. [NDLR : 7 jours selon la réglementation française – PDF] mais ils restent beaucoup plus longtemps, illégalement. Certains restent même plusieurs semaines », s’indigne Jean-Michel. Les différents syndicats de salariés se plaignaient d’un manque de contrôle, allant même jusqu’à parler d’ « esclavage moderne ».

Quelle alternative pour les routiers français ?

Les travailleurs, bon marché, d’Europe de l’Est ont la main mise sur les trajets nationaux et internationaux, les routiers français se sont vu obligés de trouver une solution de remplacement. « Il y a eu pas mal de perte d’emploi pour les chauffeurs de longues lignes, j’ai moi-même perdu mon travail. Alors on se rabat sur du régional, ou ce que l’on appelle le « petit national », des trajets comme Marseille-Lyon. » Une alternative cependant moins bien payée et qui commence à être, elle aussi, saturée.

*Nom modifié

 Marion Burlot