Jean-François Kahn : « Les Français pensent que les politiques ne peuvent plus rien faire »

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À l’occasion du premier jour de l’Assemblée « L’argent et l’éthique », organisée à Nice, Jean-François Kahn est revenu sur les récents scandales qui ont émaillé la vie politique. Pour le cofondateur de Marianne, ces affaires ne sont pas la cause principale du désamour des Français pour leurs élus. Il préfère pointer du doigt l’impuissance des politiques face à « l’Europe, les marchés, les capitalistes ».

Marianne : Les scandales politiques se sont multipliés sous l’ère Sarkozy (Michèle-Alliot Marie en Tunisie, Karachi, les sondages de l’Elysée) et plus récemment au PS (DSK). Y a-t-il plus de dérives maintenant qu’avant ?

Jean-François Kahn : Il y en a toujours eu ! La Révolution de 1848 (qui marque la fin du régime de Louis Philippe), c’est effarant. Il y a eu des scandales absolument monstrueux à cette époque ! Notamment sur la spéculation immobilière et celle des chemins de fer. Chaque période engendre son type de scandale.

Oui, mais un scandale comme celui de Findus, lui, est inédit ?

Faire vendre du cheval au lieu du bœuf, ça pouvait exister tout le temps. Un boucher pouvait vendre du chat en disant que c’était du bœuf. Ou même du rat. Il y a peut-être même eu pire… En revanche, ce qui est totalement nouveau et qui ne pouvait pas se passer hier, c’est que l’affaire se déroule dans douze pays à la fois et que ce produit se retrouve vendu dans toutes les grandes surfaces sous des appellations différentes.

Ce qui a changé, ce sont aussi les médias. Ont-ils tendance à trop en faire ?

On peut dire aussi qu’en révélant et en dénonçant ces scandales, les journalistes foutent la trouille ! Ils provoquent des enquêtes administratives ou judicaires qui peuvent aboutir à des mesures concrètes. Pour le coup, ils jouent un rôle positif, à condition que ces scandales soient fondés. Si ce n’était pas le cas, les gens ne croiraient plus aux médias. Ni à la politique d’ailleurs. Ça peut donner des dérives fascisantes. Tant qu’ils sont dans le vrai, les médias jouent un rôle utile.

Ces scandales contribuent-ils au désamour des Français pour la politique ?

Non, les Français pensent que les politiques ne peuvent plus rien faire, que tout est dicté par la mondialisation. Pour eux, ce sont l’Europe, les marchés, les capitalistes et les grands de ce monde qui décident. La conséquence est qu’ils ne croient plus en la capacité et le rôle du politique. Tout cela, à leur yeux, est plus important que les scandales. Sans parler de la non-représentativité des électeurs. Ceux du Front national et du centre n’ont pas de députés ! Comment voulez-vous qu’ils se sentent représentés et qu’ils s’intéressent à la politique ?

Propos recueillis par Thimoté Garcin et Fabien Mariaux