Homosexualité : le combat sur pellicule

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Benoït Arnulf, organisateur du festival In&Out qui prendra fin le 27 avril à Cannes. CP Benjamin CHABERT

Pour sa 5ème édition, le Festival Gay et Lesbien de Nice a choisi de projeter des films autour de la question de l’homoparentalité et plus largement, de l’homosexualité dans la famille. Le combat pour les droits des homosexuels a pris un virage décisif en intégrant cette problématique.

« Aujourd’hui, les homosexuels s’assument. Ce qui pose problème, c’est de se faire accepter, que ce soit dans sa propre famille ou dans la société », affirme Christel Géorgie, lesbienne et cinéphile. Et si le festival In&Out est baptisé cette année « Regards sur la famille », ce n’est pas un hasard. Le débat sur le mariage pour tous a porté avec lui nombre de questions pratiques, sociétales et de civilisations sur la place des homosexuels dans la société. Car en ces temps où le dialogue serein disparaît au profit de la méfiance et de la méconnaissance « le cinéma est un bon moyen de faire passer des idées de manière détournée », opine Christel Géorgie, ajoutant « l’art permet d’ouvrir le débat en dehors de l’Assemblée nationale ou des manifestations de rue ». Et ça marche. La preuve, en 2012, le thème de la transsexualité avait rassemblé près de 4.000 spectateurs, soit une moyenne de 348 personnes par jour. Cette année, chaque projection fait le plein.

Élargir le public

Benoït Arnulf, président du festival, refuse l’étiquette de « manifestation communautaire », mais préfère parler d’un événement qui « montre l’’homosexualité dans la place publique ». Laurent, membre des Ouvreurs, l’association organisatrice du festival, rappelle l’importance du cinéma gay et lesbien : « C’est devenu un véritable genre avec ses Césars, les Teddy Awards, qui récompensent chaque année les meilleurs films ». In&Out, c’est donc aussi un prétexte pour faire découvrir au grand public des films qui seraient restés dans l’ombre auparavant. Avec des réalisateurs primés aux Césars, comme Sébastien Lifshitz, ce festival se veut normal, « il n’y a pas un cinéma à deux vitesses » précise Laurent. Plus que jamais, In&Out revendique son ambition d’ « ouvreur d’esprit » en montrant une réalité qui, si elle n’est plus taboue, suscite de vifs débats.

> Festival In&Out du 16 au 24 avril à Nice et du 26 au 27 à Cannes. Plus d’informations : http://www.inoutfestival2013.com/

3 questions à Xavier Morard, membre de la « Manif pour tous 06 »

Ce festival gay et lesbien vous dérange-t-il ?

À vrai dire je ne le connais pas beaucoup. Ce festival ne nous dérange pas car notre combat n’est pas contre la communauté homosexuelle, mais contre un projet de loi injuste qui va à l’encontre des valeurs de la République.

Le thème de cette année concerne principalement la famille…

Cela ne nous étonne pas vraiment, car c’est un sujet qui tient à cœur aux personnes homosexuelles. Il vaudrait mieux aborder le débat de la place des personnes homosexuelles dans la société, savoir comment mieux les intégrer.

La mairie de Nice, dirigée par l’UMP, finance en partie cet événement. Cela vous paraît-il normal ?

Oui, car il n’y a aucune raison d’empêcher la communauté homosexuelle d’organiser un festival de cinéma. C’est même le genre de manifestation qui peut être porteuse d’un débat serein et profond, à l’inverse de ce que fait le gouvernement actuellement.

Les invisibles (2012) de Sébastien Lifshitz

Invité d’honneur du festival In&Out, Sébastien Lifshitz a reçu le César du meilleur film documentaire cette année pour Les Invisibles. Le documentaire raconte l’histoire de deux personnages nés entre-deux guerres, et qui n’ont pour point commun que le fait d’être homosexuels et d’avoir décidé de vivre leur amour au grand jour. Plein d’un élan de liberté, le réalisateur revient sur les difficultés qui se sont imposées et  qui continuent de faire obstacle à l’homosexualité en France.

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Benjamin Chabert