Football et moustache = Echec ?

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L’AS Monaco occupe une dangereuse 17e place au classement de Ligue 1. Aucune victoire à Louis II depuis bientôt trois mois, une attaque stérile, des supporters indignés … Selon l’opinion publique, un seul homme est responsable de ce fiasco : l’entraîneur Guy Lacombe. Malgré son expérience (plus de 400 matches en 1ère division), cet entraîneur est davantage connu pour ses bacchantes que pour ses résultats. Un constat qui amène à se poser la question suivante : un moustachu peut-il réussir dans le métier d’entraîneur ? Tentative de réponses.« Le port de la moustache est de plus en plus rare à notre époque. En règle générale, les hommes qui viennent nous voir sont plutôt âgés » confie José, employé au Comptoir des barbiers de Nice. « Nos moustachus sont attachés à certaines valeurs traditionnelles. Chez eux, on porte la moustache de père en fils. » Mais qu’en est-il des entraîneurs du ballon rond ? Les entraîneurs de football portant fièrement le bandeau pileux se comptent sur les doigts d’une main. Raymond Domenech, Artur Jorge, Gérard Gili, Denis Troch et Guy Lacombe sont les dignes représentants de la « stache » dans notre championnat. Pour véritablement savoir si ces poils portent la guigne aux entraîneurs, analysons leur palmarès de ces derniers.

Concernant l’ancien sélectionneur, le constat est rapide. Entraîneur-joueur à Mulhouse de 1985 à 1988, Domenech le moustachu ne parvient pas à remonter le club alsacien en D1. Suite à cet échec, il décide de tout raser, ce qui ne l’empêche pas de garder son image d’« entraîneur-looser » (trois titres dont deux lors du « prestigieux » tournoi de Toulon avec l’équipe nationale espoirs…).

Le technicien portugais Artur Jorge a également exposé sa touffe épaisse en France. D’abord au RC Paris (1987-1989), puis au PSG (1991-1994 et 1998-1999) et enfin à Créteil (2006-2007), il a réussi à décrocher un titre de champion de France et une coupe nationale avec le club de la capitale. Les bacchantes portugaises auraient-elles un pouvoir spécifique ?

La moustache dite « classique », elle, a eu pour digne représentant Gérard Gili. Le Marseillais a remporté une coupe de France et deux championnats à la fin des années 90 avec l’OM. Depuis, il a traîné sa fourrure labiale en Corse, en Egypte, en Côte d’Ivoire et au Qatar sans retrouver le succès de ces premières années.

Continuons notre revue d’effectif. Denis Troch a connu essentiellement la deuxième division (Laval, Amiens, Troyes, Niort). Son principal fait d’arme : une finale de coupe de France perdue contre Strasbourg en 2001. Cependant, Troch a été l’adjoint d’Artur Jorge au PSG avec le succès que l’on connait. A croire que deux moustaches sur un banc transmettent des ondes positives aux joueurs sur le terrain. A méditer…

Venons-en, enfin, à Guy Lacombe. Malgré deux titres en Coupe (2004 à Sochaux et 2006 au PSG), « Moustache » n’a jamais fait l’unanimité. Caractériel, impulsif, parfois même violent, il s’est accroché plusieurs fois avec certains de ses joueurs (Mickaël Pagis, Jérôme Rothen, Vikash Dhorasoo, …) et a souvent claqué la porte de son club. Son « éternelle » moustache serait-elle à l’origine de ce sale comportement ?

« La moustache, c’est à la fois une parure et le prolongement du corps. Un membre inanimé et mollasson, mais que l’on peut sculpter à sa guise, voire annihiler selon les goûts » explique Elia Jarril, étudiante en Master de sociologie. « Elle est l’objet d’un travail sur soi, à la fois technique et créatif. Certains passent un temps fou à en prendre soin. Si l’on en croit les travaux d’Erving Goffman sur la présentation de soi, elle fait partie de cette façade que nous construisons jour après jour, au même titre que les vêtements ou le maquillage. Il faut dire que la moustache est porteuse de significations diverses et variées. » En effet, dans notre société, la moustache est souvent synonyme de méchanceté. Adolf Hitler, Joseph Staline, Augusto Pinochet, Saddam Hussein ou encore Rastapopoulos transpirent cette aigreur. « Par son caractère emblématique, la moustache a sans aucun doute un effet performatif chez celui qui la porte. Le génie créatif de Dali réside-t-il dans sa pilosité sculptée à l’image de ses œuvres ? » conclut Elia.

Dans les années 80-90, les bacchantes étaient à la mode dans notre pays. Aujourd’hui, c’est prendre le risque d’être traité de « has been ».

Un contre-exemple : l’Espagne. N’est-ce pas Vicente Del Bosque ?

Jean-Baptiste Méline