Et si l’on arrêtait de se faire peur avec la dette ?

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A l’occasion de l’Assemblée organisée par Marianne sur le thème l’« éthique et l’argent », Jean-Hervé Lorenzi, président de l’influent Cercle des économistes, et Thomas Coutrot, co-président d’ATTAC, se sont penchés sur l’épineuse question de la dette. Est-il légitime de la payer ? Faut-il d’ailleurs en devenir obsédé au risque de miner le pays tout entier, à commencer par notre économie ?

« Schuld veut dire dette en allemande mais aussi faute. En France on confond souvent les deux termes, en découle la notion de culpabilité ». Ce constat Jean-Hervé Lorenzi et Thomas Coutrot le partage : il faut arrêter de se sentir coupable de quoi que ce soit. La dette a toujours existé, ce qui importe ce sont les taux d’intérêts de celle-ci.

Pour Thomas Coutrot, la solution passe par la renationalisation de « la dette française ». Il faut, dit-il, « la sortir des marchés financiers ».

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L’économiste la juge d’ailleurs complètement illégitime : « Elle n’a pas été contractée pour l’intérêt général et a profité à une élite bancaire ». Pour les deux économistes, il faut arrêter de seriner le peuple avec la dette : « Il est faux de dire qu’elle est due au ravage d’un Etat trop dépensier. Nous dépensons autant qu’avant, mais nos recettes publiques ont été réduites. » Dans le viseur du co-président d’ATTAC, la politique fiscale menée depuis vingt ans : « On a baissé les impôts et les cotisations sociales, ces cadeaux représentent un manque à gagner aujourd’hui de 100 milliards d’euros par an ».

Alors à quoi bon la rigueur ? Pour Jean-Hervé Lorenzi, ces mesures drastiques favorisent la contagion d’une « dépression généralisée » dans tout le pays. « Nous devons payer la dette, reconnaît-il, mais il faut la restructurer, l’échelonner ». En somme, il faut arrêter de propager la sinistrose. D’autant que le pays n’est pas dans une situation aussi catastrophique que le disent certains. « Le déficit public s’élève aujourd’hui à 91% du PIB, alors qu’à la fin du règne de Louis XIV, il était à 80% », conclut-il, souriant.

Romain Massa