Ecole et jeux dangereux, comment endiguer le phénomène ?

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Ecole primaire Risso, à Nice / CP : Jérémy Tomatis

Un enfant de 11 ans est décédé jeudi soir à Nice, après avoir joué au jeu du déodorant. Au-delà de la tragédie, ce fait repose la question des jeux dangereux dans les établissements scolaires.

« Bien sûr que ça me fait peur ». 11h30 devant l’école primaire Risso à Nice. Anoir Saada vient chercher son fils, Mohamed, 10 ans. Il reconnaît être méfiant vis à vis des jeux dangereux, du type jeu du foulard, de la serviette ou du jardinier. « Il n’y joue pas, heureusement. Mais on y pense. Il y a toujours une part de hasard. Cela dépend de leurs fréquentations ». Mohamed, lui, ne se sent pas concerné. « Des grands jouaient au jeu du foulard l’an dernier, mais moi jamais. Au collège, ma sœur a vu une fille respirer du déodorant aussi ».

Mohamed Saada et son père Anoir, devant l’école primaire Risso de Nice

Des jeux qui « datent de 1699 »

Pour Magalie Duwelz, présidente de l’association SOS Benjamin à Sens dans l’Yonne, ces jeux ne sont pas nouveaux. « Ils datent de 1699. Ils ont évolué et les noms ont changé, mais c’est pareil à peu de choses près ». Quasiment 19 ans jour pour jour, Magalie a perdu son fils, retrouvé pendu dans les toilettes de son établissement scolaire à Clichy-sous-Bois, en région parisienne. C’est seulement après une enquête personnelle, qu’elle a découvert qu’un banal « cap’ ou pas cap’ » avait orchestré la tragédie de sa vie. Depuis, elle mène un combat via son association et tente d’aider les parents de victimes. Et tant que possible, de prévenir sur les dangers sous-jacents de cette barbarie pré-pubère. « Une maman du Var m’a récemment contactée pour que je vienne sensibiliser les enfants dans l’école de son fils. Il jouait au jeu du déodorant…».

Un combat pour les autres

Le 3 octobre dernier, l’institut YouGov a réalisé une enquête sur le phénomène, financée par l’association SOS Benjamin. Conclusion : 10% des enfants entre 10 et 17 ans ont déjà pratiqué un jeu dangereux et 36% y ont déjà été exposés en tant que témoins par exemple. Des chiffres alarmants. Dianne Thebaudeau, en charge de l’enquête pour l’institut Yougov, décrypte les résultats : « Il n’y a pas de grandes différences entre garçons et filles, ni selon l’âge. Je précise d’ailleurs que les parents des plus jeunes pensent à tort que leurs enfants ne sont que témoins, or ils sont aussi des victimes. Mais le facteur exponentiel, c’est l’activité en dehors de l’école, car elle élargit le cercle social et donc le risque d’être confronté à ces jeux ». Du coté du rectorat ne Nice, le problème ciblé concerne essentiellement le cyber-harcèlement, car plus récent. Une hérésie pour Magalie Duwelz, qui se « bat contre toute forme de violence scolaire ».

Jérémy Tomatis