Du lait maternel contre les maladies nosocomiales

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Une femme donne le sein à son enfant (Fuse)

Une étude américaine affirme que le lait maternel renforcerait les effets des antibiotiques contre les bactéries. Les professionnels de l’enfance analysent le phénomène.

Elle s’appelle HAMLET. Non, ce n’est pas la pièce de Shakespeare, mais une protéine contenue dans le lait maternel. Et elle est sur le point de rendre service aux centres hospitaliers confrontés au problème des «super-microbes», comme le staphylocoque doré. HAMLET, c’est  «l’alpha lactalbumine modifiée tueuse de cellules tumorales» pour les initiés. Elle accroit la sensibilité des bactéries à beaucoup d’antibiotiques, comme la pénicilline par exemple. Voila ce que les chercheurs Laura R. Marks, Emily A. Clementi et  Anders P. Hakansson ont publié dans la revue scientifique américaine PLOS One le 1er mai.

« HAMLET ne rimera plus avec tragédie »

« On savait déjà que les anticorps de la mère sont partagés avec l’enfant lors de la grossesse et par l’allaitement, précise Pierre Lugol, pédiatre à Nice. Si parfois le transfert d’antibiotique de la mère au petit est dangereux si ce dernier n’est pas malade, ici, l’étude montre des bénéfices. Des bactéries résistantes comme le streptocoque de la pneumonie, ont retrouvé leur sensibilité à ces antibiotiques auxquels ils résistaient auparavant ! » Le docteur spécialiste de l’enfance est enthousiaste, « HAMLET ne rimera plus avec tragédie. La protéine a le potentiel de réduire la concentration d’antibiotique nécessaire pour combattre les infections et permet d’utiliser les antibiotiques les plus répandus contre des pathogènes résistants. » Si la concentration de molécules médicamenteuses est réduite, ça fait moins de produits mutagènes pour l’enfant à absorber. Quant à Marie-Noëlle Zagato, consultante en lactation,  cette découverte permet beaucoup d’avantages médicaux, et notamment celui de retrouver des cellules vivantes extrêmement efficaces dans certaines pathologies ou affections comme les cancers. Sans effet secondaires nocifs. Dans le lait industriel, qui se rapproche de plus en plus du lait maternel, il manque toujours l’essentiel : globules blancs, anticorps, facteurs de croissance…» Heureusement depuis quelques années, l’allaitement est de nouveau plébiscité. La nature n’a jamais fait aussi bien les choses, et les chercheurs ouvrent un nouveau champ de recherche fort prometteur.

Jean-Sébastien Gino & Caroline Sellier

Du lait contre le cancer ?

Pour la consultante en lactation Marie-Noëlle Zagato, l’aspect curatif est beaucoup plus intéressant. « L’intérêt ici est de voir le côté préventif du cancer, à savoir comment la protéine HAMLET arrive à tuer les cellules tumorales. Donc à éviter la survenue de la maladie, et malheureusement, nous sommes dans une société où la prévention n’est que très peu mise en valeur. »

Et qu’en pense une maman ?

Marine Tomas,  36 ans, maman de deux enfants depuis peu.  « Il y a un danger  de prendre des antibiotiques, car ils passent par le lait maternel. Si le bébé n’est pas malade, il ingurgite quand même des médicaments. D’accord, le lait maternel est bien pour partager les anticorps d’une mère à son enfant, mais des antibiotiques, ce n’est pas sain. Peut être que cette étude va faire réaliser qu’on ne peut pas rivaliser avec la nature, jamais aucun chercheur ne saura fabriquer la Vie. Après, cette recherche est quand même une bonne nouvelle, et la preuve des bienfaits du lait maternel. La nature a tout prévu pour le bien-être et la santé de l’être humain.  J’allaite mon bébé, car c’est ce qu’il y a de meilleur pour lui.»

(crédit photo: Getty / fuse)