Drogues de synthèse : nouvelles traces sur les rails

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Elles s’appellent drogues de synthèse et pourtant, elles sont légales. Depuis trois ans, elles sont devenues les meilleures alliées et les pires ennemis de cette jeunesse qui vit la tête à l’envers. Explications. 

C’est une poudre blanche cristalline qui ressemble à s’y méprendre à la cocaïne mais ce n’est rien d’autre que de la méthoxétamine. Appelée MXE, elle s’achète sur internet en vente-libre et fait partie de ces nouvelles drogues au nouveau jargon. La MXE se « drop », autrement dit il faut l’inhaler en une seule prise. Cette nouvelle substance a été créée dans le but de contourner les lois répressives sur les drogues. Totalement chimique, la MXE n’est pas encore classée comme drogue par les autorités françaises et n’a donc pas de statut juridique.

Quand la molécule pharmaceutique devient drogue

Utilisée habituellement par l’industrie pharmaceutique pour créer des médicaments, la molécule fait le bonheur des trafiquants. Ainsi, les trafiquants sont devenus laborantins et chimistes et se servent de cette matière première peu coûteuse pour inonder la planète. En concurrence directe avec les drogues dites traditionnelles (cocaïne, héroïne), ces nouvelles drogues de synthèse sont le deuxième produit stupéfiant le plus consommé au monde après le cannabis selon l’Observatoire des drogues et des toxicomanies.

Une drogue synthétique tragique

Vendues dans des paquets attrayants et colorés, ces produits ne promettent rien d’autre qu’un arc-en-ciel de troubles de la personnalité. Au bout d’une vingtaine de minutes, la drogue fait effet et les gestes deviennent saccadés autour d’une paranoïa et d’effets hallucinogènes. Pour avoir une idée de ces effets, il faut aller sur le web où chaque jour fleurissent des vidéos chocs de jeunes qui expérimentent de nouvelles sensations et les partagent sur la toile comme un trophée. Pourtant, le plus victorieux n’est certainement pas le consommateur dans cette course à l’adrénaline. Aux Etats-Unis, on compte déjà une centaine de morts et une cinquantaine au Royaume-Uni. En France, la semaine dernière, un trafic de drogues de synthèse a été démantelé dans un appartement à Brest. Un jeune homme de 21 ans importait ces substances de Chine par voie postale. Il transformait alors les différents produits de synthèse dans un laboratoire dissimulé. Si la Chine est le principal fournisseur de ces nouvelles drogues, il est incroyablement simple d’en obtenir en quelques clics.

Les stupéfiants surfent sur le web

Des e-boutiques mettent à la disposition de tous, ce qu’ils appellent des « molécules de recherche ». Aucune d’entre elles ne présente le produit comme une drogue. Le nombre de boutiques en ligne proposant au moins une substance psychoactive vendue en tant qu’ « euphorisant légal » est passé de 314 en janvier 2011 à 690 en janvier 2012. Internet est donc étroitement lié à la croissance de ces produits: entre 2002 et 2011, en Europe, la part des 15-24 ans ayant recours à Internet comme source d’information sur les produits psychoactifs est ainsi passée de 30 % à 64 %.

MXE, produit éphémère bientôt remplacé

La méthoxétamine coûte 4 fois moins cher que de la cocaïne et agit de la même manière. Substance devenue à la « mode », ce n’est pourtant rien d’autre qu’une mode éphémère. Ces nouvelles substances changent de composition moléculaire tous les 6 mois et prennent de vitesse les services en charge de classer les nouveaux stupéfiants, ce qui rend difficile leur interception par les douanes françaises. En 2011, 49 nouvelles substances psychoactives ont été notifiées par le système d’alerte rapide de l’Union Européenne, soit le nombre de substances le plus élevé jamais signalé en une seule année.

En illustration, voici un infographique: cliquez ici.

Issam CHARHI

(source chiffres: https://droguesblog.wordpress.com)