Des maux sur scène

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Derrière le rideau, une femme camoufle son coquard, une autre cache ses larmes. « Les maux qu’elles taisent » retrace avec douceur la violence quotidienne de 700 000 femmes en France. Plus qu’un spectacle, la compagnie Pantaï sensibilise les Niçois à la cause du « deuxième sexe ».« Le théâtre soigne par la parole. » Emma Barcaroli est directrice de la compagnie Pantaï qui joue ce week-end « Les maux qu’elles taisent » au théâtre de la cité. Un soir, un homme rentre du travail. C’est un premier mot violent, puis d’autres qui blessent. « C’est le moment où l’engrenage s’engage et où tout dégénère » raconte Guillaume Delvingt, metteur en scène.

Quinze tableaux pour évoquer la violence envers les femmes. Quinze vies croisées touchées par des gestes ou des mots brutaux. Quinze femmes cassées. « Nous faisons du théâtre social  » insiste Guillaume Delvingt. Quatre acteurs, deux de chaque sexe enchaînent monologues, témoignages et scènes de vie.

La catharsis en marche

La compagnie Pantaï travaille depuis un an sur le projet. L’association ALC (accompagnement, lieux d’accueil) a organisé de nombreuses rencontres avec des femmes maltraitées. « Nous nous étions engagés à ne pas finir l’écriture avant ces ateliers. Notre travail a déclenché des flots de paroles. Une personne nous a dit que nous soignions les âmes » se rappelle Emma Barcaroli.

Représenter le réel par la fiction permet alors de soigner. Le spectacle touche tout le monde. Ce week-end, des groupes d’adolescents, des associations de soutien, des femmes et des hommes non touchés par cette cause viendront le voir. « Ce thème est dur à traiter : nous ne voulons pas être démagos ni le rendre trop noir » développe Emma Barcaroli.

La violence, une souffrance quotidienne

Tout est parti d’une histoire personnelle. Une amie de la directrice de la compagnie Pantaï a été frappée, un soir, sans raison. « Cette violence gratuite m’a choquée. Il n’y avait aucun motif, aucun but. Cela peut arriver à n’importe qui. » Elle décide alors d’écrire « Ca n’arrive qu’aux mortels », une pièce où elle se met à la place des agresseurs. La pièce est remarquée par Patrick Auvry, directeur de l’ALC. Immédiatement, il demande à Emma Barcaroli de créer un nouveau spectacle.

« Je n’ai pas choisi mon équipe au hasard. Je ne voulais pas tomber dans les clichés sur la violence. Au delà des actes, tout l’entourage en pâtit » indique-t-elle. Le processus de création s’est fait naturellement. Les acteurs n’ont pas souhaité montrer de violence. « Le poids est dejà assez dur à porter. Nos personnages nous pèsent » décrit Anaïs, une des actrices. Jouer, c’est aussi se mettre à la place, comprendre. Guillaume Delvingt a écouté de nombreuses victimes avant d’écrire, « on a traité la douleur au cas par cas. »

Une autre facette de la journée internationale contre la violence faite aux femmes est ici mise en scène. Le théâtre de la compagnie Pantaï a créé sa place dans la lutte.

Pauline Amiel et Sandra Cazenave