D’un coup de baguette…

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Depuis quelques années, le Père Noël sous-traite ! Alors que ses lutins s’affairent en Laponie, il a confié au niçois David Mournard une drôle de mission. Depuis sa fabrique à rêves, l’ébéniste confectionne des baguettes magiques pour petits et grands.L’appellation « restaurateur » est inscrite sur la porte de sa boutique. Mais ce n’est qu’une couverture ! Si l’on force un peu le regard, une plaquette indique « Fabrique de baguettes magiques ». Attirée par d’étranges vitrines, je pousse la porte. Une clochette tinte. Mes narines sont rapidement agressées. J’éternue. De la poussière s’envole au passage. D’étonnantes odeurs flottent dans l’air. Des émanations de colle forte me replongent dans mon enfance, en plein cours d’arts plastiques. Une autre prend le dessus. Ce doit être de la cire, comme celle que mon grand père utilisait pour ses chaussures. La pièce est sombre. Quelques baguettes sont disposées, ça et là. Au moment où ma main s’approche de l’objet, je sursaute. « Bonjour, puis-je vous aider ? » lance un trentenaire à la barbe touffue. J’ai l’impression de sortir d’un rêve. Mais le voyage est loin d’être fini. David Mournard a ouvert son atelier au 6 de la rue Bonaparte, à Nice, il y a dix ans. Véritable enfant de la balle, c’est son père, ébéniste, qui lui a donné le goût du bois. « A la base je fais principalement de la restauration de meubles et un peu de fabrication » explique-t-il. Mais il y a huit ans, à la sortie du premier opus d’Harry potter, David s’est lancé dans une drôle d’aventure. « L’idée de départ n’est pas très romantique ! » confie-t-il. « Ma fille était émerveillée devant le vendeur de baguettes du film. Quand j’ai vu ses petits yeux briller, j’ai voulu faire durer la magie. »

« Je crée, j’invente, c’est un régal »

Après quelques minutes, David m’invite à le suivre pour découvrir l’échoppe. Son atelier est la copie conforme de celle du Père Noël ! En tout cas, dans mon esprit. Il me propose de visiter, fouiller, toucher, pendant qu’il reprend son travail. « Je sculpte le bois, le met en valeur. Ce n’est pas une simple branche ! » détaille David en riant. Buis, bois de violette, genévriers, oliviers… L’ébéniste n’utilise que des bois très denses, provenant d’arbustes vieux de plusieurs siècles. Assis sur un petit tabouret, David sculpte un rondin tel un enfant creusant dans la terre. « C’est beaucoup plus ludique que la restauration de meuble. Je crée, j’invente, c’est un régal » raconte David. Et d’ailleurs, il coupe lui-même son buis à Sauze, dans les Hautes-Alpes pour faire perdurer la légende. « Elle existe depuis l’Antiquité par voie manuscrite. Dans l’Odyssée d’Homère, Circé avait déjà une baguette ! On croyait en de multiples dieux mais aussi à la magie » souligne l’ébéniste. Mais celle-ci a un prix. Il faut compter entre 70 et 3 500 euros pour s’improviser enchanteur. Véritable objet d’art pour certains, gadget pour d’autres, la baguette ne laisse pas indifférent. « Croire en une baguette magique c’est croire en la matière, en sa propre chance, en la nature… C’est déjà pas mal non ? »

Coralie Bouisset & Axel Ménard