Corruption : l’économie russe va droit dans le mur

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133e du dernier Indice de perception de la corruption, la Russie a laissé son économie se pervertir. Pourtant, elle affichait un taux de croissance de 4,3% en 2011 et devrait atteindre un taux similaire pour 2012. Des chiffres satisfaisants mais qui pourraient chuter si la situation persiste.

Les pots-de-vin de toute sorte représenteraient plus de 15% du PIB de la Russie. Elle, qui tire une grande partie de sa croissance des hydrocarbures, va devoir agir. Car ces ressources sont non renouvelables et s’épuisent peu à peu. Le pétrole, dont elle est le premier producteur mondial, et le gaz manquent pour subvenir à tous ses besoins. Alors qu’elle dépassait les 8% de croissance en 2007 grâce à cette exploitation, la Russie ne peut plus se contenter de cacher les défauts internes de ses échanges par ses bénéfices naturels. Sans parler de l’usure grandissante de ses équipements, d’environ 80% dans le raffinage. Elle doit moderniser son économie grâce aux investissements étrangers, qui diversifieraient et épureraient ses secteurs de développement. Sauf que les manifestations deviennent monnaie courante dans le pays présidé par Vladimir Poutine et n’encouragent pas les prises de risques extérieures.

Les Russes disent stop

La corruption qui ronge la Russie, un temps toléré car peu visible, est rejetée par une part croissante de la population. Car en faisant des dessous-de-table une norme, l’économie russe a participé elle-même à une hausse du coût de la vie. Si l’inflation y est officiellement faible, la réalité est autre. Cette montée des prix touche particulièrement les classes moyennes et creuse les inégalités. D’autant plus que les salaires augmentent peu. Pendant que les oligarques n’ont aucun mal à vivre dans cette situation puisqu’ils en tirent leur fortune, la plupart des citoyens veulent des décisions rapides et efficaces de leur gouvernement. Si celui-ci n’engage pas rapidement des réformes fermes, le malaise social risquerait de se creuser, les travailleurs mécontents seraient moins performants et la croissance russe en souffrirait. Surtout si ces derniers choisissaient, comme de plus en plus de désabusés, d’aggraver cette corruption eux-mêmes. Une révolte probable qui n’est pas la seule à faire peur aux investisseurs.

L’ogre étatique

La moitié de l’économie russe est encore sous l’emprise de l’État. Difficile dès lors de séduire l’Occident. La concurrence est faible entre les entreprises russes et maintenue par les dirigeants politiques qui n’ont pas d’intérêt personnel à ce que cela change. Un système prolongé par la Justice aussi, pas épargnée par la corruption. Les financements illicites en tout genre rendent la Russie intouchable de l’extérieur. Un ostracisme économique qui, à moyen terme, n’est plus compatible avec ses prétentions. Pour le moment, elles sont impossibles. Et force est de constater que le gouvernement ne fait pas tout pour les rendre réalistes.

Neuvième puissance mondiale, la Russie est gangrénée par la corruption. Elle est présente partout mais de plus en plus rejetée par ses citoyens. Membre de l’OMC depuis quelques mois et postulant pour rejoindre l’OCDE, le pays gouverné par Dmitri Medvedev doit profiter de cette aubaine pour changer son fonctionnement économique. Sous peine de dire au revoir à ses ambitions.

 

Baptiste Paquelier

Crédit photo : www.lerussefacile.com