Carton rouge pour l’arbitrage français

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Pour la première fois depuis le Mondial 1974, aucun arbitre français ne sera présent lors de la prochaine Coupe du Monde de football au Brésil (12 juin-13 juillet). Plus qu’un rappel à l’ordre, cette annonce faite hier par la FIFA est le résultat de dix ans d’égarements pour l’arbitrage en France. Ses principaux acteurs en conviennent et sont déjà tournés vers le futur.

« Nous manquons cruellement d’arbitres en France ». Le constat est sans appel et il est signé Gilles Ermani, président de la Commission départementale des arbitres du District de la Côte d’Azur. Cet ancien officiel de 57 ans n’est pas surpris par la décision prise hier matin par la FIFA. Même son de cloche pour Me Eric Borghini, président du District de la Côte d’Azur et membre du Comité Exécutif de la Fédération Française de Football (FFF) : « Nous sommes loin derrière les Italiens, les Espagnols, les Écossais et les Anglais qui ont plus d’arbitres que nous sur le plan international ». L’ancienne référence arbitrale française Gilles Veissière va même plus loin : « Cette décision est d’une logique implacable. La France est une grande nation footballistique mais n’a pas une grande politique d’arbitrage… »  

Un choix préjudiciable pour Stéphane Lannoy…

Pour ces experts, cette annonce est donc tout sauf surprenante mais elle s’explique aussi par un resserrement du nombre de trios d’arbitres sélectionnés pour le Mondial brésilien : 25 seulement alors que plus de 30 équipes d’officiels avaient été annoncées au préalable. Pour cette édition brésilienne, ils ne seront ainsi que neuf trios européens parmi les 43 pays représentés. Dans son communiqué, la FIFA a précisé que « la sélection des officiels pour le Brésil s’est faite essentiellement sur la base de leur personnalité et de la qualité de leur compréhension du football en termes de lecture du jeu et de reconnaissance des approches tactiques des équipes dans chaque match ». Reste que la principale victime de ce choix se nomme Stéphane Lannoy. L’arbitre international français de 44 ans, présélectionné dans une liste de 52 arbitres, n’aura finalement pas le plaisir de goûter à nouveau à l’ambiance d’une Coupe du Monde, lui qui avait été retenu en Afrique du Sud en 2010. Une sanction légitime pour l’adjoint aux sports de la ville de Nice, Gilles Veissière : « Monsieur Lannoy s’est caché pendant quatre ans. Il s’est tellement bien caché qu’on a fini par l’oublier ! ».

 Cap vers le futur !

Si le patron des arbitres français, Pascal Garibian, a fait part de sa « déception » mais de son « respect quant au choix de la FIFA », il se projette surtout vers le futur. Et quand on parle d’avenir, c’est forcément de faire progresser les jeunes arbitres français. Une mission propre à Gilles Ermani qui forme les futurs officiels : « Il faut pousser ces jeunes arbitres vers le haut. Il est important d’apporter du sang neuf sans cesse à notre système mais sans tout bouleverser ». Gilles Veissière de rebondir : « La formation n’a pas été au niveau de ce que l’on attend sur le plan international. Il faut établir une véritable ligne de conduite en s’aidant de la volonté et de la passion d’hommes qui en ont ». La principale mesure mise en avant par la réforme de l’arbitrage, actée le 22 juin 2013, consiste notamment à favoriser le dialogue plutôt que le carton trop rapide. « Si le constat n’est pas catastrophique mais mitigé » le rappelle Me Eric Borghini, « il faut en finir avec tout ce qui a terni notre système d’arbitrage ». Pas d’homme en noir français au prochain Mondial ? Une décision tout sauf arbitraire…

Fabien Mariaux