Atterrissages « critiques » à l’aéroport de Nice

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Sous ses airs paradisiaques en bord de mer, l’aéroport de Nice peut se transformer en enfer pour les pilotes de ligne. Ce n’est pas Patrick Magisson, commandant de bord chez Air France, qui dira le contraire. Il dresse le portrait d’un aéroport piégeux.

« L’aéroport de Nice est considéré en statut de déficience critique. » Patrick Magisson, commandant de bord pour Air France et conseiller à la commission technique du syndicat national des pilotes de ligne, dresse un constat inquiétant. Il effectue régulièrement des liaisons à destination de la capitale azuréenne, et souligne les particularités de l’aéroport Nice Côte d’ Azur.

Un environnement contraignant

Aujourd’hui, seul trois aéroports en Europe ont un statut de déficience critique, pour l’IFALPA (Un syndicat international des pilotes de ligne). Ce dernier est attribué suivant les conditions d’exploitation. « L’environnement premier de la plateforme aérienne de Nice est piégeur. L’aéroport réunit un cocktail de difficultés, explique le pilote. Il est bâti sur la mer et entouré d’un arc montagneux. De plus, les conditions météorologiques sont souvent difficiles à apprécier, comme les vents capricieux, ou les entrées maritimes. » Ce jeudi, plusieurs avions ont ainsi été déroutés direction Marseille, à cause de fortes rafales de vent.

Des riverains exigeants

Toutes ces contraintes sont amplifiées par la politique de lutte contre les nuisances sonores menée par les riverains de l’aéroport. Des associations comme la CAPSSA ( Comité d’Action pour la Suppression des Survols Abusifs) militent ainsi pour le contournement du Cap d’Antibes avant l’atterrissage. « La pression des riverains oblige les avions à faire un détour contraignant, détaille Patrick Magisson. La manœuvre n’est pas dangereuse, mais elle oblige les pilotes à naviguer à vue pour atterrir. » Pour éviter les nuisances, les avions en approche sont ainsi tenus d’effectuer un virage très serré toute en descendant vers le tarmac.

« On ne sait jamais ce qu’il peut arriver à Nice »

Les anecdotes des pilotes de ligne sont nombreuses concernant l’aéroport de Nice. « Lors d’un atterrissage récent, il y avait beaucoup de vent, raconte Patrick Magisson. J’ai failli remettre les gaz à plusieurs reprises. » Quoi qu’il arrive, tous les pilotes doivent suivre une formation spécifique pour appréhender cet aéroport. « Nice est classé catégorie B, soit une catégorie intermédiaire, informe le pilote. Cela nécessite une reconnaissance du terrain préalable, et le rappel des procédures spécifiques. C’est une obligation légale. » Les pilotes partent ainsi pour Nice méfiants, conscients des difficultés qu’ils pourraient rencontrer. « Je ne pars jamais sans au moins 30 minutes de réserves de carburant supplémentaires, confie le commandant de bord. On ne sait jamais ce qu’il peut arriver à Nice. »

Ophélie Grosshans et Florian Philippe