Attentats de Paris : quels mots choisir pour en parler à ses enfants ?

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Panneau de solidarité, place Garibaldi, où les Niçois ont chanté la Marseillaise hier. Marjorie Raynaud

Quelques jours après les attentats survenus à Paris, la France pleure. A Nice, des mères de familles tentent toujours de trouver les mots pour expliquer à leurs enfants les évènements.

Quatre jours après les attentats de Paris bouleversant la France entière, à Nice, la vie doit reprendre son cours, mais pourtant. Les gens qui se bousculent habituellement dans le tramway sont absents. Et pour ceux qui restent, les regards se croisent, se cherchent. Certains osent aborder la conversation, et dans leur bouche, un seul et même sujet de discussion : les attentats. Parmi eux il y a Yasmina, tenant la main à son petit bout de chou de cinq ans, Théo. D’origine musulmane, elle explique à une dame qu’il ne faut pas faire d’amalgames. Ce principe, elle l’a transmis aussi à son fils : « Je lui ai expliqué que notre religion interdisait de tuer l’humain, ou de faire du mal à l’homme qu’il soit noir, blanc, jaune. C’est une valeur qu’il faut leur inculquer dès leur plus jeune âge ». Elle rajoute, émue : « il est jeune alors c’est dur de lui raconter la dureté des évènements avec des mots simples. Mais pour moi il faut en parler, il ne faut rien cacher aux enfants, alors parfois on dessine pour s’exprimer ».

Cette idée est largement partagée par Laurence Stoianoff, pédopsychiatre à Nice. Pour elle, si un enfant pose des questions sur de tragiques évènements, il faut lui répondre et surtout lui dire la vérité. Elle émet tout de même une réticence sur la question de vérité : « Au final c’est compliqué de leur raconter vraiment ce qu’il se passe, car les parents n’ont à disposition que ce que les informations leur montre. Mais au final, adultes ou enfants, on se sent tous un peu dépassés ». Quant à la question épineuse de comment parler de la mort, Laurence Stoianoff a un avis nuancé : « Les enfants n’évoluent pas tous à la même vitesse. Un  petit garçon qui a déjà eu un deuil dans sa famille sera peut être plus à même de comprendre ce qu’est la mort. Mais pour les petits, c’est une notion abstraite. Quand ils jouent et que leur soldat tombe, ils le relève et il revit ».

« Je veux protéger mes enfants en coupant télé et Internet »

Yacine est père de famille de quatre enfants. Malgré la diffusion massive des images violentes à la télévision, le papa a préféré couper petit écran et autres média d’information.

« Je les trouve trop jeunes pour voir tout ça, je ne les sens pas prêts et je ne sais pas si je serai capable de trouver des mots adaptés », confie-t-il. « J’avoue compter un peu sur les enseignants à l’école pour leur expliquer ces tragiques évènements », renchérit Yacine, un peu gêné.  Au contraire, pour Laurence Stoianoff, la pédopsychiatre, c’est une très bonne chose de se retourner vers quelqu’un apte à en parler si on ne se pense pas capable de le faire. Par contre, les couper de toute réalité est vu d’un mauvais œil par la professionnelle : « en grandissant, ils vont être confrontés à un monde dur et sévère, qu’on leur avait caché », démontre-t-elle.

S’il convient d’opter pour la transparence avec ses enfants, il faut néanmoins choisir les bons mots et ne pas hésiter à exprimer ses émotions. La pédopsychiatre insiste sur le fait qu’un enfant a une capacité de raisonnement, et que dès son plus jeune âge il comprendra s’il se trame quelque chose qu’on lui cache. Ainsi il est important que les parents puissent montrer leur tristesse, et ne pas leur dissimuler la réalité du monde.

Originaire de Paris, Mylène, mère de deux enfants, a eu du mal mais à opter pour cette option : communiquer. « Je ne voulais pas qu’ils sachent, mais je savais qu’on allait leur en parler à l’école », dit-elle, démunie. Elle a voulu leur expliquer l’horreur, avec ses mots de maman : « Je leur ai expliqué qu’il y avait eu des méchants qui avaient tué des innocents. Je leur ai dit que ce n’était pas bien, mais qu’on nous protégeait ». Elle continue, la voix tremblante : « aujourd’hui je suis à Nice, et j’ai pleuré à Nice ». Les larmes montent, elle tourne la tête, confuse. « Mais je ne voulais pas pleurer devant eux », conclut-elle, attristée.

Marjorie Raynaud