Attentats de Paris : à Nice, un renforcement de sécurité qui rassure

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Depuis ce week-end, la police municipale est très présente et patrouille un peu partout à Nice. (Photo : DR)

Depuis les attentats de vendredi, la préfecture des Alpes-Maritimes et la mairie de Nice ont décidé de renforcer la sécurité dans la ville, surtout dans les lieux très fréquentés et les transports en commun.

Il n’y a pas trop de monde dans le tramway ce matin à Nice. Pas trop de bruit non plus. Les visages sont graves, les mines renfermées. Les gens se toisent, se regardent, anxieux. Les attentats de vendredi sont encore dans toutes les têtes, c’est le principal sujet des rares conversations audibles. Beaucoup de gens ont le nez plongé dans les journaux, à  l’affût des derniers éléments de l’enquête. Mais en traversant la place Garibaldi, les têtes se relèvent en passant à côté du mémorial Pray for Paris.

À l’arrêt d’Opéra vieille ville, deux policiers municipaux en uniforme montent dans la rame. Des regards approbateurs s’échangent entre des passagers qui ne se connaissent même pas. Aurélie reconnaît qu’ « après tout ce qui s’est passé ce week-end, je suis vraiment rassurée de voir des policiers dans le tram. On sait qu’ils sont là, on les voit, ils ont une arme sur eux et ils peuvent s’en servir si besoin est. »

La présence de l’uniforme apaise les esprits, angoissés depuis ce week-end. Vanessa évite désormais les transports en commun autant qu’elle peut : « Samedi, je devais aller à Cannes en train mais je suis restée chez moi. Je privilégie la voiture ou le vélo pour me déplacer. »

Sur la place Masséna, une camionnette floquée « poste mobile de la police municipale » est arrêté devant les grilles de la promenade du Paillon, et quatre hommes patrouillent, comme sur toute l’avenue Jean Médecin. En tout, une douzaine de policiers municipaux, répartis en groupes de deux ou trois, surveillent la plus grosse artère commerçante de la ville.

Une fois devant la gare, relativement vide, l’ambiance est aussi soucieuse. Hier, le panneau d’affichage diffusait un message de soutien aux familles des victimes, remplacé aujourd’hui par un avertissement concernant les bagages oubliés. Les panneaux expliquant les mesures du plan Vigipirate ont été mis en évidence, et la voix de la SNCF rappelle les consignes en cas de bagage suspect. La compassion a laissé place à la vigilance, comme pour Colette, qui préfère attendre son train dehors, sous le drapeau en berne : « Je ne vais pas m’empêcher de vivre pour autant, mais je fais attention. Aujourd’hui, j’ai surtout peur pour mes enfants, qui ont une trentaine d’années et qui auraient très bien pu se retrouver au théâtre ou à la terrasse d’un café ce soir-là. Désormais, on se dit que ça peut arriver n’importe où, n’importe quand … » se désole-t-elle.

En redescendant vers le tramway, trois militaires, casques sur la tête et armes aux poings, se dirigent vers la gare. Une mère de famille en arrête un pour lui parler, le remercier. Ses enfants l’interrogent et la scène fait sourire tout le monde autour, même les autres militaires. La gratitude se lit sur tous les visages qui croisent les hommes armés.

Lorsque le tramway arrive, des contrôleurs sont déjà dans la rame. Pourtant, ils ne contrôlent pas, et l’un d’eux explique que « c’est pour rassurer, comme a dit le maire. » Mission accomplie puisqu’Annie lui répond : « C’est très bien ce que vous faites, parce que quand je vois ma soeur qui est complètement paniquée depuis vendredi … Je sais que le fait que vous soyez là rend l’atmosphère moins anxiogène, on peut se détendre, on est en sécurité. »

À Nice, chacun commence petit à petit à reprendre le cours normal de sa vie, même si la vigilance est de rigueur : depuis samedi, les assignations à domicile des personnes fichées « S » pour radicalisation ont débuté et cinq procédures judiciaires ont été entamées pour apologie du terrorisme.

Chloé Devilliers