Alexandre de la Salle : l’art de révéler

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A la bibliothèque Louis Nucéra, jusqu’au 29 juin, la vie du galeriste Alexandre de la Salle est exposée. Toiles, photographies, sculptures, poèmes, affiches et lettres d’artistes retranscrivent la vie du « découvreur de talent »

« Il a du nez », lance Frédéric Altmann, photographe.

Véritable frise artistique et chronologique, l’exposition « Des archives et des hommes, parcours d’un galeriste », retrace l’histoire du dénicheur de talent, Alexandre de la Salle. Patchwork atemporel, cette exposition est un méli-mélo de genres artistiques où s’entrechoquent des monuments de l’art contemporain niçois : Klein, Arman, Ben ou encore César.

Ils y passent tous

Tout commence en 1960, lorsqu’Alexandre de la Salle ouvre sa galerie d’art à Vence.

Au fil des années, le galeriste promeut des artistes devenus aujourd’hui notoires. Et pour cause, la plupart des chefs d’œuvres artistiques niçois ont tous été suspendus aux augustes murs de la galerie d’Alexandre de la Salle. « Il voue sa vie à l’art », affirme Frédéric Altmann.

L’Ecole de Nice : les premiers balbutiements

Il ne fallut pas plus de sept ans pour que la graine artistique « l’Ecole de Nice » éclose. Soucieux de l’évolution de l’art, Alexandre de la Salle réunit une ribambelle d’artistes voués à épousseter un art vieillissant.

En 1967, la première exposition de l’Ecole de Nice rassemble les travaux de Ben, Arman, César, Chubac et de nombreux autres artistes. « C’est un souvenir éblouissant », souffle France de la Salle, épouse d’Alexandre. Petit à petit, les nombreuses élucubrations artistiques font leur bonhomme de chemin et promeuvent l’Ecole de Nice jusqu’en Corée du Sud, Allemagne, ou, encore, au Japon.

Toutes les décennies,  Alexandre de la Salle renouvelle l’exposition l’Ecole de Nice.

L’art d’aujourd’hui : une affaire de gros sous

« Alexandre de la Salle est le dernier galeriste du genre. Aujourd’hui, l’art est devenu une affaire de pognon », lance Frédéric Altman. Pour l’artiste Nivèse (voir encadré), « l’art a changé », il n’est plus « comme avant ».

« Être artiste, c’est consacrer sa vie à l’art. On ne peut pas faire de l’art sans avoir de vécu », affirme-t-elle. « Aujourd’hui, les Français manquent de respect envers l’art, confesse-t-elle, pourtant, à l’étranger, c’est différent. L’art est considéré comme un moyen d’expression face aux problèmes sociétaux. »

Olivier DELUERMOZ

Infos pratiques :

« Des archives et des hommes, parcours d’un galeriste », Bibliothèque Louis Nucéra. 2, Place Yves Klein. Entrée libre.

Nivèse, une femme dans l’art

« L’art est un milieu misogyne ». Seule femme de l’École de Nice, Nivèse a dû se distinguer pour exister. Ses sculptures, photos et autres œuvres ont une place à part dans la collection d’Alexandre de la Salle.

Depuis la fin des années 1970, elle s’est fait connaître dans le monde entier, notamment en Asie. Nivèse y a retenu « le grand respect des artistes à l’étranger, que l’on ne retrouve pas en France ». Son succès, elle le tient de son « caractère ». Volontiers provocatrice, Nivèse compte parmi ses créations l’ex-voto* d’un bordel. Elle aime l’imprévu et a « toujours réussi à viser juste ».

Cette liberté de ton l’a aidée à perdurer. Nivèse se bat aussi pour celle des autres et vit avec son temps. « On ne peut pas aller à l’encontre du mariage gay ». Un engagement décisif à l’heure où « l’art est devenu politique ».

L’École de Nice, courant en mouvement

Trois mouvements ont marqué le courant azuréen. Le Nouveau Réalisme, mené par le peintre Yves Klein et le sculpteur César, a lancé l’École de Nice. En parallèle, Fluxus a aussi gagné une place importante avec le Niçois Ben. Plus brièvement, Supports/Surfaces a toutefois marqué les galeries de la Salle sous le pinceau de Marcel Alocco.

Baptiste PAQUELIER